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Sunn O))) - Monoliths & Dimensions (2009)


Aujourd'hui, Sunn O))) est à la mode, du moins dans certains cercles élitistes/bobos parisiens. Faut-il pour autant s'en réjouir ? Pas sûr. Et ce qui semblait pour certains vierge d'intérêt parait tout à coup absolument génial... Or Greg Anderson et Stephen O'Malley n'ont pas attendu que Libé les encensent pour travailler sur la distorsion et les effets autour du sacro saint riff, eux-mêmes poursuivant les expérimentations de Dylan Carlson avec son Earth. Aujourd'hui donc, Sunn O))) est à la mode et tout le monde se tape des pignoles avec sa nouvelle oeuvre, Monoliths & Dimensions. Les dithyrambes fusent de toute part. Bien. Je suis un fan du duo mais pourtant, je ne partage pas (tout à fait) cet enthousiasme aveugle pour un album plus que jamais véritable laboratoire sonore. Tout d'abord, comme toutes les recherches de ses explorateurs du son, il réclame attention et volume maximum, auquel cas il risque de vous passer au-dessus de la tête. Une écoute au casque, la nuit, serait presque même obligatoire. Le voyage, divisé en quatre pans et animé par quelques invités connectés à l'univers du drone (Oren Ambarchi, Attila Csihar, Dylan Carlson...), débute avec un magma de plus de 17 minutes, "Agharta", tentative réussie de renouvellement du paradigme qui a fait la "gloire" du projet. Après de longues minutes seulement secouées par cette collusion de riffs en forme de plaques tectoniques, la voix profonde de Atilla Cishar fait son apparition. Jusqu'à la fin, il scandera ses incantations noires sur fond de grondements digne d'un réacteur de l'A380. Superbe et pourvu d'une grâce réelle mais les interventions du Hongrois sur White 2 semblaient autrement plus effrayantes et abyssales.


Suit "Big Church", dont l'entame est franchement vertigineuse, Sunn O))) y installe tout de suite un climat terrifiant aux confins du cauchemar. Puis, ce sont des voix féminines spectrales au pouvoir d'envoûtement absolu qui répandent leur mélopées. Fragmentée, découpée, déstructurée, cette complainte déroule une trame hallucinante qui résonne des fracas de ces guitares dont on a l'impression qu'elle s'enracine dans les entrailles de la terre. Moins convaincant en revanche est "Hunting & Gathering" qui n'apporte pas beaucoup d'eau au moulin, contrairement à ses deux prédécesseurs, si ce n'est sa dimension grandiose. Dernière pierre à l'édifice, "Alice" séduit par son minimalisme. Sur un fuselage dans un premier temps constitué uniquement par des rouleaux de drone en ébullition, de ses riffs qui ont quelque chose d'ondes sismiques qui prolifèrent, s'élève peu à peu une mélodie immense et majestueuse qui semble se réveiller d'un long sommeil pour atteindre une ampleur quasi cinématographique, et les portes du progressif lors des ultimes mesures où plane le fantôme du King Crimson époque Islands (1971).En définitive, Monoliths & Dimensions, qui de toute façon ne peut être juger à la va-vite, se révèle être un très grand disque qui, par les nouvelles pistes qu'il explore, par la beauté et une forme de poésie mystique qu'il irradie, confère finalement un sens à Sunn O))) et à son travail mais certainement pas le chef-d'oeuvre de ses géniteurs, comme beaucoup le pense. Ainsi, en dépit de ses qualités, il est permis de lui préférer de vraies gemmes démentielles et charbonneuses telles que White 2, Black one et Altar, mais ce n'est toutefois là qu'un avis subjectif. (20/06/2018) ⍖⍖⍖


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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...