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Witchthroat Serpent - Swallow The Venom (2018)


Oubliez l’étiquette stoner qui lui est accolée on ne sait trop pourquoi, si ce n’est sans doute pour la parenté tant sonore que spirituelle qu’il noue avec Electric Wizard dont on ne comprend d’ailleurs pas non plus pour quelles raisons il est apparenté à ce style, Witchthroat Serpent est un pur groupe de doom. Il en a le corps, épais et rugueux, ainsi que l’arôme, brumeux et sépulcral.Après une première hostie au goût en effet prononcé de Jus Oborn, le trio toulousain a commencé, avec Sang-Dragon à s’affranchir quelque peu d’une référence à laquelle nous sommes toutefois bien obligés de penser, ne serait-ce que pour la voix enfumée et la guitare léchée par la rouille de Fredrik Bolzann. Mais, outre le fait que l’on ne peut, de par son pedigree aussi sincère que respectable (Habsyll, Darvulia…), accuser ce dernier d’être un banal suiveur, reconnaissons que les Français esquissent peu à peu une identité, aussi bien dans la forme que dans le fond, qui ne doit plus seulement à Electric Wizard mais qui leur est propre. Le fond suinte le sexe occulte et dépravé, l’ésotérisme licencieux. La forme se veut de plus en plus dynamique sinon mordante, constamment enrichie, comme l’illustre Swallow The Venom, une troisième offrande qui témoigne de la maturité que ses créateurs ont atteinte en l’espace de quelques années à peine, en ce sens qu’elle corrige les menus défauts qui grevaient ses devancières. Si "Sang-Dragon" était un peu court, son successeur offre un menu bien plus étoffé, s’étirant sur plus de trois-quarts d’heure. 


Surtout, avec ce nouvel opus, le doom que sculpte Witchthroat Serpent gagne en ampleur tout en s’appuyant sur les fondations dressées par les premiers albums. Il suffit de s’abîmer dans les bras sombres et langoureux de ‘Lucifer’s Fire’ pour mesurer les progrès accomplis. A un substrat ultra plombé enraciné dans la terre du Dorset (d’où est originaire Electric Wizard pour ceux qui l’ignorent), le groupe injecte une beauté sentencieuse qui s’écoule des fentes atmosphériques sabrant cette longue pièce qui se paie le luxe de sonner comme un hymne. Les accents chamaniques et païens de l’introductif ‘Feu sacré’, les volutes moelleuses de ‘Pauper’s Grave' qui additionne tempo léthargique et ambiances sinistres ou le sinueux ‘Red Eyed Albino’ dont la dernière partie semble tenter une accélération qui se trouve vite engourdie, prisonnière d’une marée noire visqueuse, illustrent à leur tour cette écriture extrêmement travaillée. Celle-ci trouve toujours le juste équilibre entre pesante inexorabilité et élan vicieux (‘No More Giant Octopuses’). Considéré parfois à tort comme un simple clone de Jus Oborn, Fredrik Bolzann démontre, notamment grâce à ‘Scorpent Serpion’ ou ‘Hunt For The Mounterbank’, qu’entache un désespoir aussi poisseux que granitique, combien ses lignes de chant se parent d’une force émotionnelle qui ne doit rien à l’Anglais. Avec Swallow The Venom, Witchthroat Serpent peaufine son univers, ténébreux et sexy tout ensemble et ce faisant, s’affirme parmi les prêtres les plus excitants de la déesse doom. (17/10/2018 | MW) ⍖⍖⍖

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