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Edge Of Paradise - Universe (2019)


S'il serait exagéré de prétendre que Edge Of Paradise nous manquait - nonobstant le souvenir aussi vague que sympathique laissé par Immortal Waltz, sa deuxième cuvée publiée en 2015- , c'est néanmoins avec un plaisir certain que nous nous penchons quatre ans plus tard sur ce Universe qui scelle l'alliance entre Frontiers Records et les Californiens. Pourquoi une telle bienveillance pour un groupe somme toute anecdotique et un peu paresseux ? La raison se résume essentiellement à celle qui l'a fondé, la chanteuse Margarita Monet dont la voix à la fois puissante et câline se suce comme une sucrerie tandis que sa beauté ne peut laisser de marbre. Gageons que sans elle, la formation ne nous intéresserait guère, d'autant plus que son identité reste difficile à cerner tant elle paraît vouloir en changer d'un album à l'autre. Progressif sur Mask (2011), plus traditionnel sur Immortal Waltz, son metal mélodique affiche cette fois-ci un visage encore différent, plus moderne, voire parfois electro ('Perfect Disaster'). Pour quel résultat ? Si la production mijotée par Mike Plotnikoff (Halestorm) que complète le mixage du maître Jacob Hansen (CyHra, Aborted...) le recouvre d'un fuselage clair et redoutable, écrin idéal d'un metal ancré dans son temps, Universe manque cependant de cohésion, hésitant entre une partition résolument contemporaine enkystée de verrues électro ('Hollow', 'Electrify') et des envolées mélodiques aux couleurs presque symphoniques (le final de 'Burn The Sun').


A l'arrivée, l'ensemble se révèle plaisant mais maladroit, laissant un goût bizarre dans la bouche à l'image de ce 'World', pause curieuse, presque malsaine, où la belle murmure à la manière d'une petite fille sur un fond orageux. Reste que c'est à nouveau la performance de Margarita qui accroche la mémoire, plus que ces compos dont seule une petite poignée retient réellement l'attention. Citons 'Fire', amorce accrocheuse qui multiplie les sensuels coups de reins. 'Face Of Fear', gainé de sombres bas et d'une voix parfois menaçante, mérite également d'être évoqué, de même que 'Alone' sur lequel plane l'ombre d'Evanescence cependant que 'Stars' trace un chemin agréable qui doit, encore une fois, beaucoup aux lignes vocales lascives de la maîtresse des lieux qu'épaulent néanmoins des musiciens affûtés. Au final, Universe aurait gagné à bâillonner ses velléités modernes qui, si elles lui confèrent sa personnalité, ôtent une partie du charme que Margarita Monet suffit à lui insuffler. Groupe à tout le moins sympathique, Edge Of Paradise se cherche encore. Espérons qu'il n'ait pas trouvé son style avec ce troisième album efficacement charpenté à défaut d'être abouti auquel on préfère son aîné Immortal Waltz... (30.11.2019 MW) ⍖⍖


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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...