Accéder au contenu principal

Ash Ra Tempel - Join Inn (1973)


Le petite histoire veut que ce soit lorsque les autres musiciens prenant part à l’enregistrement du Tarot de Wergmüller dormaient que Manuel Göttsching, Hartmut Enke, Klaus Schulze et Rosi Müller, auquel ils participaient également, ont enfanté ce quatrième opus de Ash Ra Tempel. Cette anecdote en dit long d’une part sur le bouillonnement créatif qui règne alors en Allemagne et d’autre part sur la communion qui unit tous ces artistes qui ne cessent alors de se croiser. Etonnement, alors qu’il avait quitté le groupe en 1971 après la galette éponyme afin de se lancer dans une carrière solo, Klaus Schulze revient dépanner derrière les fûts (mais pas seulement) son ami Manuel pour Join Inn. De fait, c’est quasiment un line-up identique qui a enregistré les deux albums, si ce n’est la présence de Rosi, chanteuse de son état et surtout petite amie du guitariste et qui apparaissait déjà sur l’hallucinant Seven Up, capturé la même année (s’il vous plaît !) qui fut le théâtre de la copulation entre une multitude d’individualités, dont Timothy Leary, l’apôtre du LSD (!).


Comme Ash Ra Tempel, Join Inn est subdivisé en deux longues plages, l’une assez rock’n’roll et l’autre, beaucoup plus expérimentale et barrée. Mais à la différence de son aîné, cet opus illustre que le groupe n’en n’est déjà plus vraiment un, mais plutôt le laboratoire sonore de Manuel Göttsching. Ainsi, "Freak’n’Roll", bien que rythmé par la batterie de Klaus, est clairement piloté par la guitare stratosphérique du désormais maître des lieux. C’est même à un torrent de six-cordes, à une véritable exploration de cet instrument auxquels on a droit durant près de 20 minutes, alors que les effluves électroniques restent discrètes. En revanche, "Jenseits" est une longue dérive cosmique et nébuleuse aux sonorités venant d’une autre planète, hantée par des synthétiseurs tour à tour inquiétants ou liturgiques et ponctuée par les murmures de Rosi. Puis, durant la seconde moitié, la guitare aérienne de Manuel apparaît alors que le chant s’efface et se lance dans un dialogue astral avec les notes que tapissent les claviers Moog. Cette complainte n’est d’ailleurs pas sans évoquer le gigantesque Cyborg de Klaus Schulze, gravé la même année. Le son des synthés tout comme les ambiances brumeuses qu’elle libère, y font beaucoup penser. C'est donc encore un chef-d’œuvre écrit par des musiciens épris de liberté et mus par une inspiration sans limites. Le disque suivant (sans Klaus) sera néanmoins très différent, le psychédélique Starring Rosi dont on peut même se demander s’il s’agit bien encore d’Ash Ra Tempel. Cela n’enlève rien à sa valeur mais cela est une autre histoire… (2009 | MW) ⍖⍖⍖

           

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Brian De Palma - Blow Out (1981)

Brian De Palma s’est imposé dans les années 70 grâce à une série de films très personnels, thriller ( Obsession ) ou fantastique ( Carrie , Phantom Of The Paradise ), dont l’affolante virtuosité technique a fait de lui l’un des cinéastes les plus doués de sa génération. Après le succès de Pulsions , il souhaite à l’aube des années 80 s’extraire du cinéma de genres et se frotter à des projets plus ambitieux. L’adaptation du roman de Robert Daley, Le prince de New York , devait lui en fournir l’occasion mais il est finalement renvoyé de la production, remplacé par Sidney Lumet. A la place, il réalise Blow Out dont il est l’auteur du scénario. De prime abord, celui-ci semble s’inscrire dans la continuité de ses films précédents, particulièrement du fait de cette influence hitchockienne toujours de mise et dont il ne se départira vraiment qu’après Body Double (1984). Le héros qui sauve une femme de la noyade, la cloche de la liberté, cette variation autour du cri ou cette course-poursuit...

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...