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Atavist / Nadja - II : Points At Infinity (2008)


Atavist/Nadja : étonnante amitié qui lie ces deux projets pourtant bien différents l’un de l’autre. Peu de rapport en effet à priori entre le doom/sludge apocalyptique du premier et le drone/ambient du second, si ce n’est la volonté de repousser les limites, de briser les carcans. Après une première réunion l’an passé avec 12012291920 / 1414101 ( ?), les deux entités se retrouvent à nouveau avec ce Points At Infinity. Parler ici de split est incorrect. Collaboration semble plus judicieux. Un split, c’est l’agglomération de morceaux isolés composés par deux (ou plus) groupes pour un exercice exceptionnel. C’est le cas par exemple de Infernal Procession… And Then Everything Dies que les deux principaux intéressés viennent d’ailleurs de graver avec Satori, mais pas celui qui constitue le sujet de cette chronique. A l’instar de son aîné d’un an, cet essai s’impose véritablement comme le fruit d’une union, d’un travail commun entre les deux artistes. Au menu, deux complaintes suffocantes où fusionnent l’identité de leurs géniteurs pour former un tout cohérent qui possède une vie propre. Ainsi, Points At Infinity va bien au-delà de la simple juxtaposition des styles des Britanniques et des Canadiens. Point d’onanisme ici, Atavist et Nadja copulent ensemble pour accoucher d’une œuvre unique. C’est un enfant original où bien entendu on relève des traits de caractère de chacun de ses parents (notamment la rugosité granitique du premier et la stratigraphie sonore du second) mais ceux-ci ont donc l’intelligence de les dépasser. 


Instrumentales (ou presque), ces deux pistes d’une vingtaine de minutes chacune, sont deux formes de déréliction qui naviguent à la surface d’une eau à la fois (faussement) calme et contemplative (le vaporeux “ Projective Plane ”) ou bouillonnante et tellurique (“ Closed Curve ”). Vouloir les décrire semble absurde ; sensitive, cette musique se vit, se ressent plus qu’elle ne s’analyse avec des mots. Pour faire simple, il s’agit d’un empilement de couches sonores, d’une masse compacte de sons massifs et d’ondes tricotées qui libèrent un vrai malaise en même temps qu’un mal-être infini, comme l’illustrent les notes terminales du second titre où le Burzum de Filosofem n’est pas loin. Ceci dit, ces plages possèdent aussi la capacité rare de propulser l’auditeur dans un monde mystérieux, énigmatique, inquiétant également, vers un absolu qui confine au domaine du divin. Expérimental, vertigineux mais d’une beauté rare, Points At Infinity est une œuvre envoûtante au mysticisme fort qui appelle à l’introspection quand on s’immerge en elle. Chiant comme un dimanche de pluie pour 99.9 % de la population, superbe et douloureux pour la minorité restante, qui a forcément raison. On se prend maintenant à rêver d’autres collaborations entre ces deux pionniers du son dont on espère qu’ils ne s’arrêteront pas en si bon chemin… (2008) ⍖⍖⍖



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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...