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Austere - Withering Illusions And Desolation (2007)


Le black-metal australien ne se réduit pas aux tarés de Sadistik Exekution. Tant mieux ! On savait que les kangourous pouvaient s’abîmer dans les arcanes du funeral-black-doom (Elysian Blaze), on les sait maintenant aussi grands admirateurs du travail de Varg Vikernes auquel un groupe comme Austere paie un tribut évident (du reste, il n’est pas le seul, bien au contraire), fort de deux splits référentiels avec Lyrinx et Isolation et de deux albums. Le duo, formé autour des deux esprits qui se font appelés Desolate et Sorrow, livre avec Withering Illusions And Desolation le premier jalon d’une œuvre d’ores et déjà maîtresse de l’Art Noir. Cet album, c’est déjà un visuel plus original qu’à l’accoutumée, désolé, automnal et dépouillé, écrin parfait d’une musique à son image. Mais Withering Illusions And Desolation, c’est surtout un black-metal maladif et désespéré dont les racines sont bâties sur des rythmes mid-tempo obsédants dont le caractère répétitif finit par créer un état de transe qui vous en envoûte autant qu’il vrille votre âme toute entière. Il prouve enfin que cette musique peut se parer d’une beauté immense pour peu que l’on soit sensible à sa noirceur, à sa mélancolie plombée. Le métal noir est un art subjectif. Un exemple ? La dernière piste, "Coma", longue dérive instrumentale de près de vingt minutes qui n’égrène que un ou deux accords seulement répétés à l’infini, en réussissant la gageure de ne jamais ennuyer. 

On pense bien sûr beaucoup à Burzum, mais Austere sait transcender cette influence pour aboutir à une pièce qui va bien plus loin qu’une simple photocopie. C’est là tout l’art du groupe qui, tout en demeurant fidèle aux invariants du genre (complaintes qui voisinent souvent avec les dix minutes, chant écorché, riffs lancinants qui suintent la tristesse, ambiances sinistres…), parvient à graver quelque chose qui n’appartient qu’à lui. L'œuvre agglomère cinq plages. "Unending Night" débute l’agonie avec un nihilisme absolu, que guide des voix possédées qui résonnent comme un cri de haine et d’abandon. Puis survient " … Memories", monument dépressif déchirant où les riffs qui grésillent font office de lanterne, de vigie funeste dans cette brume fiévreuse. D’une lenteur prisonnière d’une gangue de désespoir, lui succède le magnifique "The Dawn Remains Silent", cependant que l’Everest de cette offrande est atteint avec les deux joyaux qui l’achèvent : "Withering Illusions And Desolation", dont la seconde partie vous hantera longtemps après que l’écoute se soit terminée, et le burzumien "Coma", assurément l’un des plus dépressifs (et donc un des plus beaux) titres entendus depuis un bon moment. Bien que moins réussi, son faux frère jumeau, To Lay Like Old Ashes, prolongera néanmoins encore un peu ce désespoir mis en musique, avant une séparation arrivée bien trop vite... (2009 | MW) ⍖⍖⍖⍖


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Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

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Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...