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Paradise Lost - Obsidian (2020)


Une question pour commencer : Paradise Lost est-il capable d'enfanter un mauvais album ? Trente-deux ans de carrière et seize offrandes (sans compter les miettes) nous font dire que non, définitivement, les Anglais ne peuvent décevoir. Même lorsqu'ils ont (un peu) déserté les terres métalliques pour aller tâter de la musique pop et electro mais toujours noircie par une mélancolie tourbeuse, ils ont réussi à faire œuvre personnelle et à ne pas sacrifier leur immuable exigence. Il est même d'ailleurs permis de tenir One Second pour un de leurs meilleurs disques. Tout cela pour dire que la qualité est toujours au rendez-vous et que les qualificatifs finissent par manquer au moment d'aborder un de leur nouvel effort. Le fait que les Britanniques n'aient jamais renié leur passé, contrairement à Anathema avec lequel ils ont posé les bases du UK doom au début des années 90, les rend qui plus est éminemment sympathiques, musiciens sincères et passionnés qui ont le metal, gothique ou pas, chevillé au corps. Si leur signature demeure identifiable entre mille, elle n'est pas pour autant figée dans le marbre, elle évolue discrètement. Ainsi, tout en s'inscrivant dans le sillage funèbre de Tragic Idol et The Plague Within, Medusa laissait poindre une faible luminosité. Trois ans plus tard, Obsidian paraît vouloir confirmer cette légère remontée vers la clarté du jour, après toutes ces années à creuser les parois d'une mine de charbon. En guise de porte d'entrée, 'Darker Thoughts', qu'introduisent arpèges et notes de violon avant que Nick Holmes ne pose sa voix limpide chargée de regrets, renvoie à l'époque bénie de Draconian Times, bien que de charbonneuses éructations témoignent que le quintet d'Halifax n'a cependant pas arasé le socle death doom qui fonde tous ses albums depuis (au moins) ces dix dernières années.


Premier titre, premier joyau où transpirent la classe et l'inspiration inoxydables des Anglais qui dressent comme toujours une puissante érection créatrice. Ceux-ci ont annoncé un album extrêmement diversifié. Ils n'ont pas menti car le menu proposé se révèle riche de multiples nuances. Mais entre la coldwave de 'Ghosts', le pur metal gothique qu'honorent 'Forsaken' et ses chœurs féminins ou le doom pétrifié de 'Ravenghast', demeure toujours prégnante une noirceur coutumière. A l'image du chant de Nick Holmes dont les pâles lueurs d'espoir le disputent toutefois toujours avec les abysses ('Fall From Grace'). Reste qu'en définitive plutôt que de tenter d'analyser dans quelle direction il tend, on ne peut que souligner - encore une fois - l'excellente tenue de cet opus. C'est la parfaite exécution (mâtin, ces parties de batterie !) associée à une science impeccable de la mélodie obsédante qui frappe à l'écoute de ces chansons peintes comme des toiles de maître, ce dont témoignent des merveilles d'écriture de l'acabit de 'Serenity' où Greg Mackintosh démontre son art des riffs entêtants qui agissent comme une vigie perçant la brume, ou bien 'Ending Days', perle émotionnelle grondant d'une puissante tension dramatique et saupoudrée d'orchestrations graves et parcimonieuses. Selon leur habitude, les Anglais ne ressentent pas le besoin de remplir leur disque jusqu'à la gueule. Denses et trapus, neuf morceaux remplissent ces 45 minutes, tous guidés par cet admirable souci du détail et de l'accroche acérée mis au service d'une atmosphère tragique. Affirmer que Obsidian est un très grand cru tient du pléonasme. S'il est sans (mauvaise) surprise, ce seizième album réussit une forme de synthèse, dressant un pont entre le metal gothique des années 90 et les saillies plus charbonneuses que Paradise Lost exécute depuis une décennie. (06.05.2020 | MW) ⍖⍖⍖


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