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Arbre - II (2013)


Aussi rare que précieux, Distant Voices est de ces labels qui possède une identité dans la démarche artistique et dont toutes les offrandes partagent un écrin quasi identique au tirage extrêmement limité, simple pochette dans laquelle est glissée l'hostie sacrée qui du coup a quelque chose d'un trésor entre les mains d'une maigre poignée. Souhaitons une longue vie à cette structure passionnée aux débuts plus que prometteurs, comme l'illustre ce projet bien mystérieux nommé Arbre sur lequel on ne sait presque rien. Privé des balises habituelles, il ne reste donc plus que la musique. Surtout la musique. Noire, humide, d'une violence hallucinée parfois mais toujours d'une grande beauté bien que mélancolique et profondément désespérée. Après un premier album déjà remarqué et dont on sentait bien qu'il n'avait encore qu'à peine défloré les qualités de son énigmatique géniteur, son successeur en est la suite logique. Son nom comme la numérotation de ces pistes reprenant là où s'arrêtaient leurs devancières confirme l'évidente filiation entre les deux opus, sans doute premiers jalons d'un édifice cohérant dont nous serons les témoins privilégiés de la construction. Pour autant et nonobstant leur proximité aussi bien conceptuelle que sonore, les albums présentent des différences. 

Là où le premier était jalonné de courtes plages entre plaintes plus longues, le second dresse un bloc de matière noire et terreuse dont les quatre titres oscillant entre dix et vingt minutes forment les différents côtés. Cette architecture démultipliée ouvre à ce Black Metal de nouvelles perspectives, de nouvelles dimensions. Conjugué à une batterie métronomique et saccadée, celui-ci n'est alors pas sans évoquer Darkspace,  plus forestier que cosmique mais pas moins puissant. Chant écorché et bestial qui semble hurler la souffrance d'une vie entière, tempo martelé à une vitesse démentielle que drapent des nappes de claviers lointaines d'une ténébreuse emphase, sont l'humus inhumain de ces plaintes sinueuses, voyages crépusculaires qui serpentent au gré de chemins obscurs. Des notes acoustiques osseuses viennent parfois briser ce déchaînement de violence aux allures de catharsis, témoins les ultimes mesures mariées à des sons boisés de "IX", lesquelles se fondent dans le titre suivant. Organiques et hypnotiques, ce sont de monumentales pulsations d'où suinte un sentiment de solitude absolu, celle de ces forêts sinistres à l'intérieur desquels l'Homme paraît être un étranger, un intrus. Cette noirceur émotionnelle trouve dans le dernier morceau à la fois sa plus terrifiante et belle expression, magma boueux charriant une terre détrempée et des sédiments de désespoir avant de mourir sur un silence contemplatif. Plus encore que son aîné d'un an à peine, II a des allures de tout indivisible, dédale inexorable d'entrelacs grésillants et mécaniques. (2014 | LHN) ⍖⍖⍖

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