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Ash Ra Tempel - Inventions For Electric Guitar (1975)


Si Ash Ra Tempel a toujours connu un line-up fluctuant autour du maître des lieux Manuel Göttsching, véritable plate-forme artistique pour nombre de musiciens gravitant au sein de la scène berlinoise, c’est surtout à partir de son sixième opus, Inventions For Electric Guitar, que le groupe se confond alors totalement avec son guitariste. Tout seul dans son studio, il enfante donc cet album qui reste aujourd’hui encore une des pierres angulaires de son œuvre car il a fixé durablement le style de son géniteur, ce jeu aérien léger comme une brise, caresse musicale pleine de finesse comme touchée par la Grâce.  Arc-bouté uniquement sur des lignes de guitare et des nappes de synthétiseur, ce disque est parfaitement résumé par son titre : les trois plages qui le composent sont des inventions, une exploration d’un instrument que l’Allemand propulse vers des sphères inédites, plus encore que David Gilmour, artiste dont il se rapproche par moment. La filiation est des plus évidentes sur le gigantesque "Echo Waves", long voyage de près de 18 minutes à travers le spectre infini d’une six-cordes stratosphérique qui libère des ondulations magnétiques envoûtantes, lesquelles, finissent par tracer une sorte de transe hypnotique.


Tandis que le cosmique "Quasarsphere" déambule dans un espace cotonneux, guidé par une guitare pointilliste, l’énorme "Pluralis" braconne sur les terres de Mike Oldfield dont les travaux contemporains (Hergest Ridge, Ommadawn), bien que plus accessibles, ne semblent parfois pas si loin que cela. Cette longue (plus de 20 minutes au compteur) piste atmosphérique déroule tout d’abord un accord répété à l’infini sur un tapi de sons électroniques qui prolifèrent, se répandent en un maillage évanescent. Puis, Göttsching commence à tricoter avec sa Gibson des boucles qui progressent crescendo pour s’élever très haut, avant que sa guitare n’ouvre les vannes d’une cascade d’effluves électriques qui parachèvent l’album. Touche à tout de génie (comme on dit), Manuel Göttsching a réussit, avec Inventions For Electric Guitar, à conférer une nouvelle dimension à cet instrument, une dimension à la fois hypnotique, contemplative et planante qui confine à une forme de pureté, de beauté divine et absolue. Loin du rock cosmique expérimental en vigueur sur Ash Ra Tempel ou Join Inn, loin également du psychédélisme qui colorait Seven Up et Starring Rosi, ce millésime 1975 pose les jalons du superbe New Age Of Earth et annonce déjà les créations plus récentes d’un musicien hors du commun bien qu’en définitive (malheureusement) assez peu connu du grand public. (2009 | MW) ⍖⍖⍖⍖
                               

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...