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Äärvö - Onde | Echarde (2018)


Errant aux confins du drone, du harsh noise, du dark ambient et des musiques électroniques et industrielles, Äärvö s'est imposé comme une des entités les plus intrigantes découvertes ces derniers temps. Et une des plus fascinantes en cela que son art, indescriptible et pourtant évocateur,  ne s'explique pas, se vit, se ressent, échappant de fait aux classifications. Inféodé à aucune chapelle, le projet ne cesse de cracher sa semence au goût de rouille, multipliant en quelques mois les rituels. Onde | Echarde est l'un d'eux, d'abord disponible en téléchargement libre sur la page Bandcamp de son géniteur avant de bénéficier d'un format analogique grâce au label Le Tombeau des Muses dont le boss, Théau Leidner (Choisir le pire), ne tarit pas d'éloges à son sujet. On ne saurait dire si cette exploration aux allures de happening sonore, est la meilleure porte d'entrée pour déflorer l'univers bourgeonnant de Äärvö mais le fait est qu'elle ne peut laisser indifférent. De loin, l'oeuvre ne ressemble à rien, donnant l'impression de partir dans toutes les directions, butinant là de l'ambient ('Bourbier'), ici une noise pulsative que parasitent des miasmes corrosives ('Invasion') alors que 'Locuste, espoir' accouple interférences bruitistes, beat autoritaire et effluves rêveuses. 

En trois pistes, l'auditeur est déjà perdu, égaré dans cette nasse opaque et abstraite qui, très vite, finit par exercer une espèce d'attirance sourde et hypnotique. On ne comprend rien mais ce n'est pas grave car l'essentiel se trouve ailleurs, dans cette force immersive, dans l'éclat obsédant qui miroite d'une offrande qui se doit d'être déniaisée dans sa grouillante entièreté. Ainsi, de près, Onde | Echarde ne manque pas de cohérence, architecture qu'il faut donc appréhender dans sa globalité pour en goûter le sens. Quoique segmenté en huit plages, parfois très courtes ('Les charognards ont eu vent de la cachette'), extrêmement dilatées le plus souvent, l'opus a quelque chose d'un trip déglingué, grand huit émotionnel qui nous entraîne de Charybde en Scylla, témoin le monumental 'Catastrophe' lequel, pendant plus de 18 minutes, enkyste un pouls percussif et lancinant à un tapis ambient immobile. Äärvö dérive constamment entre élan quasi élégiaque et pulsions technoïdes échappées d'une usine en ruine ('Ascension par le sacrifice'), entre minimalisme désincarné ('Onde | Echarde') et dérelict grésillant ('Des araignées qui volent'). Ce faisant, il signe une oeuvre d'une richesse foisonnante, maelström qui creuse de profonds stigmates dans la peau. (17.03.2019) ⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...