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Tangerine Dream - Exit (1981)


A l’instar de Klaus Schulze, qui joua dans le groupe le temps d’un unique album, le premier, Electronic Meditation (1970), Tangerine Dream fait partie des pionniers de la musique électronique. Mais contrairement à son ancien batteur chez qui le synthétiseur forme le substrat de ses créations, la bande emmenée par Edgar Froese a toujours accordé une place importante à la guitare. Et si Schulze privilégie les (très) longues plages, le trio germanique préfère opter pour des durées moins excessives, quand bien même certains de leurs titres dépassent allègrement les quinze minutes au compteur ce qui, somme toute, n’était pas rare durant les années 70. Le groupe n’hésite pas non plus à tenter de se rapprocher du concept de chanson. Exit en est la preuve, qui  voit Tangerine Dream abandonner pour la première fois depuis ses débuts, les morceaux fleuves. Peut-être est-ce l’expérience des bandes originales de films (pour William Friedkin, avec Le Convoi de la peur et surtout pour Michael Mann) qui peut expliquer cette évolution. Aucun des six titres qui le composent n’excède les 9 minutes. 


Plus courts donc, plus ramassés, ces compos s’inscrivent dans la continuité du superbe Force Majeure. La musique tend à perdre ses oripeaux vaporeux et atmosphériques pour des atours plus rock, plus commerciaux aussi, à l’image de l’efficace « Choronzon » par exemple. Exit débute par le titre le plus long de l’album, l’envoûtant « Kiew Mission », voyage aux multiples ambiances, sur lequel souffle un murmure féminin lointain et mystérieux, tandis que « Pilots Of Purple Twilight » et son enchevêtrement de strates électroniques se veut typique du style de ses auteurs. Au lent et froid morceau éponyme succède « Network 23 », porté par un rythme hypnotique accrocheur. « Remote Viewing », inquiétant et glacial, achève l’écoute sur une note lancinante qui confine à la contemplation d’une urbanité déshumanisée. Une bonne cuvée qui permet à Tangerine Dream de poursuivre dans une voie plus accessible mais toujours en phase avec son temps avec néanmoins pour corolaire de ne pas avoir échappé aux affres du temps. (01.12.2007) ⍖⍖⍖

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