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Faun - Pagan (2022)


Fort d'une dizaine d'albums forgés depuis vingt ans, Faun est une troupe majeure de la scène païenne et médiévale. Sa onzième offrande, sobrement mais judicieusement intitulée Pagan, était attendue comme un Graal folk et celtique. Non parce qu'elle survient trois ans après un Märchen & Mythen certes toujours impeccable mais relativement décevant par rapport à Midgard (2016), son prédécesseur qui incarne le travail le plus abouti des Bavarois, mais surtout en raison des premiers extraits qui en ont été tirés, pour le moins prometteurs. D'excellent augure, 'Baldur', 'Halloween', 'Galdra' qu'envoûte la présence chamanique de Lindy-Fay Hella (Wardruna) ou l'orageux 'Gwydrion' qui héberge lors d'une seconde partie étonnamment sombre et rageuse Christian Glanzmann et Alain Ackermann, respectivement chanteur et batteur d'Eluveitie pour un résultat très "metal", ont fait plus que mettre l'eau à la bouche. Ils annonçaient un retour à ce que les Allemands savent faire de mieux, l'inspiration au garde-à-vous et hissant haut les couleurs mystiques d'un Moyen-Âge obscur et dansant tout à la fois, enténébré par la sorcellerie et des rites venus du fond des temps. Renouant avec la sève majestueuse de Midgard, le seul défaut de Pagan est sans doute de démarrer trop fort par trois des titres déjà divulgués dont l'énorme - il faut bien l'avouer - 'Gwydion', qui placent d'emblée la barre très haut. Après cette entame du feu de dieu, l'intensité retombe fatalement un peu avec un enchaînement de pièces plus posées. 


Pourtant, à force d'en butiner le suc, celles-ci finissent par faire leur trou et il paraît en définitive bien difficile de résister au celtique 'Innisfree' qui vous évoque la truculence verdoyante de "L'homme tranquille" de John Ford ou aux pulsatifs 'Tamlin' et 'Neun Welten'. Le chant dans la langue de Goethe distille toujours ce charme empreint d'une dureté romantique ('Lord Randal') tandis que Laura Fella confirme qu'elle est une recrue magnifique grâce à sa voix cristalline. Autour du maître de cérémonie et dernier membre historique Oliver Satyr, les musiciens manipulent des instruments traditionnels (vielle à roue, cornemuse, tambours...) qui dessinent ce décor folklorique et matérialisent cette époque lointaine où homme et nature cohabitaient, connectés par la magie. Fougueuse ('Baldur'), hypnotique ('Willow Tree') mais régentée par un pouls nocturne ('Ran'), la troisième partie de l'écoute illustre avec un élan forestier la manière dont Faun réussit à puiser dans le terreau de la vielle Europe pour offrir une musique qui se nourrit d'un humus ancestral tout en conservant une accroche très moderne. Il en découle un album rafraichissant et salvateur, d'une pureté d'airain, dont les ténèbres obsédantes qu'il épand ne suffisent pas à en noircir l'énergie tourbillonnante comme une sarabande à travers de mystérieuses forêts peuplées de divinités obscures. A l'unisson d'un folklore ombreux et ensorcelant, boisé et rêveur, Faun délivre son meilleur album à ce jour aux côtés d'un Midgard avec lequel il partage une même force poétique et séculaire. (01.05.2022 | MW) ⍖⍖⍖⍖

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Thumos - Symposium (2023)

Selon sa (bonne) habitude, Thumos ne reste jamais silencieux bien longtemps, venant frapper à notre porte tous les six mois environ, parfois moins comme l'illustre Symposium qui surgit à peine quatre mois après le EP Kallipolis . Nous pourrions évidemment craindre que cette insolente fertilité se solde par un assèchement de la créativité de ce groupe si particulier mais il n'en est pour l'instant rien. Nous pourrions craindre également que celui-ci finisse par se répéter, enfermé dans le cadre imposé par un post doom instrumental dont les limites semblent de prime abord évidentes. Là encore, Thumos réussit à chaque fois à éviter le piège de la redite, de la photocopie d'une signature au demeurant désormais clairement identifiée tant dans la forme (une partition engourdie par une pesanteur sévère) que dans le fond (la Grèce antique comme curieux combustible). Le mystère demeure toujours autour de ce groupe dont on n'est pas certain qu'il en soit véritablement un,...

Laudanum - The Coronation (2009)

Le laudanum est un médicament à base d'opium utilisé comme calmant et très en vogue au XIXème siècle. C'est aussi le nom d'un groupe dont la musique se veut plus proche de la corrosion des drogues que d'un somnifère. Aux confins du doom halluciné, du sludge tellurique, du drone et de la noise, les Américains sculptent au burin un univers très personnel, dérive psychopathe rongée par une lèpre vicieuse. Cinq ans après une première dose remarquée ( The Apotheker ), The Coronation a quelque chose d'un labyrinthe humide d'une noirceur abyssale. 100 fois plus evil que bien des hordes grimées à la truelle et exaltant les forces des ténèbres, Laudanum écrit des bandes-sons cauchemardesques qui ne filent jamais droit. Il y a véritablement quelque chose de pourri, de souillé dans ce magma brulant et maladif, preuve en est le déglingué "Invoke", reptation stridente aux riffs obsédants. Basé sur un canevas pour moitié instrumentale ("Procession" "...

Jerry Thorpe - All God's Children (1980)

Les bons sentiments font rarement les bons films. All God's Children le démontre encore une fois, téléfilm qui, à travers le sujet du busing (expérience visant à développer la mixité raciale dans les transports scolaires), ausculte les maux d'une petite communauté gangrené par le racisme ordinaire et en corollaire la ségrégation qui sévit encore au sein de la société américaine des années 70.  Un thème intéressant et courageux malheureusement traité platement par Jerry Thorpe, fils de Richard et pourtant auteur d'un Jour des Apaches (1968) de bonne mémoire. Sincères, les comédiens y croient mais paraissent impuissants à rendre ce drame captivant. Démocrate convaincu, Richard Widmark campe un juge rongé par les remords après que sa décision d'imposer la mixité scolaire notamment dans les transports, déclenchent des contestations violentes et in fine la mort d'un adolescent (noir) qui a volé un bus avec son copain (blanc). Il est évidemment impeccable, tout comme Ne...