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Blackmore's Night - Nature's Light (2021)


Commençons par les choses qui fâchent (un peu) car, nous avons beau vénérer Ritchie Blackmore et le groupe qu'il mène avec sa muse depuis presque vingt-cinq ans maintenant (plus de temps qu'il n'en a donc passé dans Deep Purple !), Nature's Light n'est pas exempt de quelques reproches. Après quasiment six ans de silence discographique, période que l'ombrageux guitariste a occupé à réanimer Rainbow pour un résultat mitigé, n'ayant accouché que d'une poignée de concerts et de quelques singles dont le seul inédit 'Waiting For A Sign', nous étions en droit d'espérer plus que cette maigre livraison de dix titres dont, qui plus est, deux reprises du propre répertoire de Blackmore's Night ! Ainsi, combien nous aurions préféré découvrir deux nouveaux morceaux supplémentaires plutôt que ces relectures de 'Wish You Were Here' (déjà une reprise à l'origine) et plus encore ce 'Darker Shade Of Black', magnifique instrumental au demeurant, mais extrait du disque précédent et proposé dans une version à l'identique. Autre grief à mettre au passif de cet opus, la prise de son semble être d'un autre âge. Imperméable aux techniques actuelles, l'homme en noir serait inspiré de confier l'enrobage sonore de ses albums à un producteur extérieur et pas seulement au fidèle Pat Regan, qui le seconde derrière la console depuis The Battle Rages On de Purple. Enfin, plus anecdotique, la pochette aurait pu être dessinée par un enfant de quatre ans...  Le livret est heureusement plus réussi. 


Ces réserves énoncées, reconnaissons que le successeur de All Our Yesterdays (qui n'offrait pas grand chose de neuf) s'impose comme une agréable surprise, d'autant plus que l´EP Here We Come A-Caroling, publié il y a peu, sympathique à tout le moins, n'augurait pas d'une œuvre mémorable. Avec son ambiance de Noël, le premier single 'Once Upon December' confirmait nos craintes. Pourtant, la défloration de Nature's Light expose un menu finalement bien plus inspiré. Le couple ne déserte bien entendu à aucun moment le style qui a fait son succès, à savoir cette pop Renaissance que zèbrent avec parcimonie les effusions électriques du vieux maître mais ce retour aux affaires, après la parenthèse arc-en-ciel, distille nettement plus de charme que All Our Yesterdays. Si, comme nous l'avons souligné en préambule, le programme auquel il nous invite semble posséder un goût de trop peu, au moins délivre-t-il un ensemble impeccable, vierge de tout remplissage et autres temps morts. Chaque titre est ciselé à la manière d'un travail d'orfèvre, serti de mélodies inoubliables qui s'accrochent d'emblée à la mémoire. En cela, Nature's Light renoue avec l'esprit de Shadow Of The Moon et de Under The Violet Moon, juste comparaison que confirme la place occupée par Candice, derrière laquelle Ritchie s'efface. L'album est le ravissant fourreau de sa voix cristalline qui n'a cessé de gagner en profondeur et en émotion au fil du temps, comme en témoignent les merveilleuses pièces que sont 'Feather In The Wind' ou 'The Twisted Oak'. Discret, son ténébreux compagnon n'est toutefois pas en reste. Et comme toujours, nous guettons les (trop rares) sorties de sa légendaire Stratocaster. Quatre pistes se parent de son empreinte électrique reconnaissable entre mille. Aux côtés des déjà cités 'Darker Shade Of Black', qui aurait facilement pu se glisser au sein d'un album de Rainbow et 'Wish You Were Here', 'Der Letzte Musketier' est un instrumental aux surprenantes teintes bluesy, clin d'œil à l'un des premiers groupes dans lequel Blackmore a fait ses armes dans les années 60 (The Musketeers). Mais il y a surtout l'immense ballade rock 'Second Element', reprise de Sara Brightman, qui ferme le ban en beauté, fusion parfaite entre la puissance vocale de Candice et le jeu intact de Ritchie, aussi sombre que racé. En définitive, sans se hisser au niveau de The Village Lanterne ou de Secret Voyage, Nature's Light nous réconcilie avec Blackmore's Night après l'inodore mais plaisant All Our Yesterdays, opus équilibré et chaleureux irradiant un optimisme salvateur. Ce retour scellera-t-il la fin de Rainbow ou bien le ménestrel jonglera-t-il avec ses deux projets ? Connaissant son caractère tortueux et imprévisible, nul ne peut encore le prévoir...  (20.03.2021 | MW) ⍖⍖⍖⍖

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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...