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Karras - We Poison Their Young (2023)


On savait que Karras ne se limiterait pas à un seul album malgré ses allures de terrain de jeu. Ce groupe à part entière réunit, rappelons-le pour ceux qui auraient raté l'épisode précédent, le guitariste Yann Heurtaux (Mass Hysteria), le batteur Etienne Sarthou (Deliverance) et le chanteur/bassiste Diego Janson (Sickbag). Il y a trois ans, None More Heretic déballait le fruit de leurs purulents ébats, un bon vieux death metal à la suédoise (façon Entombed) couturé de grind, le tout baignant dans le jus des films d'horreur (dont "L'Exorciste", évidemment). Pas très original tout ça mais l'envie doublée d'une énergie à la fois brutale et crasseuse rendait ce premier jet jouissif à défaut d'être ambitieux (ce qui n'était pas le propos). Le trio remet le couvert avec We Poison Their Young, évidé dans cette même carcasse fétide et survoltée. Treize saillies se serrent dans un menu d'une vingtaine de minutes. Inutile d'utiliser la calculatrice pour comprendre que la plupart d'entre elles giclent à la vitesse d'un bouton d'acné. 'Demons Got Rhythm' ne dure même que huit secondes ! Malicieux, les Français l'ont d'ailleurs choisi comme premier extrait, avant-goût jeté en pâture révélant malgré tout leur propos, furieusement écorché. 


Entre deux éruptions de pus, Karras assène toutefois d'implacables coups de boutoir qui brisent la linéarité dans laquelle l'album se serait sinon enferré. 'Prelude To The Depths', 'Roland Doe' (qui a donné lieu à un clip idéalement tourné dans les catacombes parisiennes) ou 'Lutheran Blade' pataugent dans les viscères fumantes d'un death cendreux tandis que le terminal 'Negative Life' fait plus que s'abîmer dans un doom suffocant et hystérique. Chant lessivé au Destop, basse qui claque comme une peau tendue, guitares accordées plus bas que terre et batterie frénétique, nos trois gaillards sont à l'unisson d'un crust pestilentiel et joyeusement morbide. Ça tabasse toujours autant et l'inspiration est surtout davantage au garde-à-vous que sur "None More Heretic" dont le successeur sait autant mettre à rude épreuve nos cervicales qu'à remuer les intestins à la manière d'une coloscopie sauvage. Vingt minutes, c'est peu mais toujours suffisant pour mesurer à la fois les progrès acquis depuis le galop d'essai et pour sortir exsangue d'une écoute qui fait autant saigner les muqueuses que donner envie de tendre l'autre joue.  Dominant son prédécesseur de la tête et des épaules, We Poison Their Young confirme qu'il faut prendre (très) au sérieux le père Karras dont le mélange de grind et de crust se révèle jouissivement infectieux ! (10.09.2023 | MW) ⍖⍖⍖

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