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Ataraxie - Anhédonie (2008)


La première descente à la mine des Normands, Slow Transcending Agony, s’est vite imposée comme l’un, sinon le mètre-étalon du (funeral) doom death hexagonal. C’est dire si Anhédonie était attendu comme le messie par tous les masochistes de la souffrance. Premier constat à l’écoute de cette offrande, Ataraxie a réalisé de grands progrès, aussi bien en terme de son – celui-ci est plus minéral que jamais, plus massif également – que d’écriture. L’interprétation, elle aussi, est plus impressionnante encore, à l’image du chant de Jonathan, qui se plaît à diversifier ses lignes vocales, tour à tour abyssales voire carrément possédées et ce faisant démontre, si besoin en était, son admiration pour les intonations écorchées et hystériques de Marco Tehren (Deinonychus).


Les nombreux concerts enquillés et les participations à un grands nombre de projets (Funeralium, Hyadningar, Wormfood, Bethlehem…) ont aguerri les quatre musiciens et sont donc pour beaucoup dans cette augmentation de la valeur ajoutée du groupe. Etouffant, caverneux, monolithique, Anhédonie, qui désigne une personne insensible au plaisir, aux émotions, est un bloc charbonneux, un édifice pétrifié, écrasant, qu’aucun rai de lumière ne vient jamais caresser de sa chaleur. Il se compose de quatre côtés (plus une intro très courte) qui forment donc un seul et même ensemble. Tous dépassent les dix minutes, et le dernier d’entre eux atteint même 24 minutes. Ce sont d’interminables complaintes suffocantes qui semblent ne jamais vouloir mourir. L’album débute avec le monstrueux "Silence Of Death", que les fans connaissent déjà pour s’être abîmés dedans sur scène. Mortifère et lent comme une procession funéraire, ce pavé progresse peu à peu vers les limbes, jusqu’à l’accélération finale absolument gigantesque. Plus terrifiant encore, "Walking Through The Land Of Falsity" ouvre, par ses notes de guitares squelettiques, ses roulements de batterie qui ont quelque chose de battement de cœur en fin de course, des espaces de mort ; il érige des instants pendant lesquels, la vie semble être suspendue, stoppée, tandis que Jonathan prouve qu’il possède bien la gorge la plus profonde du circuit. Plus rapide, du moins durant sa premières partie, est "Anhédonie", ce qui ne l’empêche pas d’amorcer une plongée spéléologique dans les abysses de l’indicible. Là aussi Ataraxie démontre sa maîtrise de l’accélération infernale qui empêche son art de sombrer dans l’immobilisme plombé. Enfin le monumental "Avide de sens" débute par des accords que n’aurait pas renier le My Dying Bride de la grande époque. Cette ode terminale secrète un désespoir absolu qui propulse l’auditeur dans un climat suicidaire auquel il est impossible d’échapper. Aucune issue possible, aucun espoir. Miné par une tristesse infinie qui confine à l’abandon résigné, ce titre est une agonisante marche vers la tombe. Vous l’aurez compris, Ataraxie a réussi la gageure de faire plus vertigineux encore que Slow Transcending Agony. Tout est dit… Un chef-d’œuvre dans le genre. Et une leçon surtout car la grande force du groupe est de parvenir à demeurer fidèle aux invariants du doom-death tout en les entraînant dans une dimension tout bonnement effrayante. (29/12/2008 | MW) ⍖⍖⍖




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Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...