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Paysage d'Hiver - Die Festung (1998)


Des sapins recouverts d’un manteau de neige. Derrière, dans le blizzard, la silhouette massive et mystérieuse d’une forteresse (die festung) se dessine, forme aux contours flous. Il fait froid, il fait gris, les paysages sont figés par l’hiver. Des nappes de synthétiseurs se répandent, tapis atmosphérique d’une étrange beauté, une beauté presque onirique. Telle est Paysage d’hiver, projet black ambient de Wintherr, l’une des âmes sombre de Darkspace et historiquement son premier navire. Telle est Die Festung, sa seconde démo gravée en 1998 qui, à l’instar de ses consœurs, a droit aujourd’hui à une sortie en CD habillé d’un très bel écrin au format A5 à l’image de la musique qu’il renferme. Car l’une des particularité de Paysage d’hiver est de n’avoir dans sa besace que des démos – neuf à ce jours – et deux splits. Seul aux manettes, Wintherr tricote une bande-son hypnotique et instrumental qui convoque les spectres de Klaus Schulze et du Burzum électro et carcéral. Mais contrairement aux travaux de Varg Vikernes qui sonnent parfois un peu cheap, limite Bontempi (et pourtant Dieu sait que j’admire l’homme !), Tobias Möckl (c’est son nom) ne sombre jamais dans le ridicule avec un genre, l’ambient, qui ne pardonne ni faiblesse ni médiocrité. Entre les mains d’un guignol, une telle musique a vite fait de faire plus (sou)rire que qu’envoûter ; entre celles d’un artiste qui possède une vision, un regard, une personnalité propres, comme c’est le cas avec Paysage d’Hiver, elle se drape d’un climat irréel aux confins du fantastique. 


Die Festung se divise en deux pans. Le premier, « Eishalle » est une très longue complainte qui durant un quart d’heure libère des effluves brumeuses froides comme une forêt prisonnière de la neige et du givre. Le second comporte en fait quatre parties distinctes : « Koenig Winter », « Schneekoenigin », « Eisspringzessin » et Prinz Frost » qui suintent une tristesse infinie, un mal être absolu. Minimaliste, squelettique, fantomatique, Die Festung a quelque chose d’un voyage abstrait au cœur de l’hiver et de la nuit. Vouloir le décrire semble vain tant les sons qu’il sécrète se vivent plus qu’ils ne s’écoutent véritablement. C’est une œuvre plus jamais introspective et surtout subjective qui ennuiera 99.9 % de la population (y compris parmi les blackeux) mais dont la beauté sourde, ainsi que le profond sentiment de solitude toucheront très certainement la minorité restante qui saura s’abîmer dans ce lancinant souffle électronique volontairement répétitif.  Un chef-d’œuvre tout simplement. Je ne saurais donc que trop vous conseiller, si ce n’est pas déjà fait, de faire rapidement l’acquisition de l’œuvre complète de Paysage d’Hiver. Et bien entendu celle également de Darskpace dans une veine à la fois différente et complémentaire. L’un ne va pas sans l’autre… (19.01.09) ⍖⍖⍖

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