Accéder au contenu principal

Arctic Plateau - On A Sad Sunny Day (2009)


Arctic Plateau, késako ? Il s'agit du jardin secret d'un seul artiste, le romain Gianluca Divirgilio, toutefois accompagné de quelques autres musiciens. C'est ensuite une musique à la mélancolie chevillée au corps, qui déambule le long d'une ligne floue séparant Post rock, Shoegaze et new wave. C'est enfin un premier essai, dont l'écrin visuel - original et réussi - a été conçu par Fursy Teyssier (ex-Amesoeurs, Les Discrets). Son titre, On A Sad Sunny Day, résume avec beaucoup de justesse son contenu. Il est un recueil de onze observations posées et squelettiques qui ont quelque chose d'un kaléidoscope d'images jaunies, témoins de souvenirs envolés. Contemplatives, elles sont écrites à l'encre noire du désespoir, la même qui sert, pour situer l'univers dans lequel évolue Divirgilio, au tandem Tim Bowness/Steven Wilson lorsqu'ils donnent vie aux respirations de No-Man, en moins inspirée cependant. Moins élégante aussi. Le décor est donc posé, celui de paysages figés dans la tristesse et le regret, de ces plages solitaires que le soleil n'empêche pas d'être désolée. Le chant fébrile de Gianluca est le pinceau à la pointe fine qui construit ces instantanés délavés, toujours souligné par une guitare au son épuré, prisonnière d'une enveloppe mélancolique dont elle ne parvient jamais à s'extraire et qui s'envole parfois très haut. 

C'est triste, c'est beau, un peu mou néanmoins pour l'amateur qui souhaiterait davantage de puissance mais Arctic Plateau sait emporter son auditoire dans son voyage évanescent et spectral au relief plat (ce n'est pas un défaut) et souvent instrumental (le stratosphérique "In Epica Memories", "Iceberg Shoegaze"...). On pourra pourtant regretter une trop grande uniformité, tous ces tableaux aux contours identiques finissant par se fondre en un tout dont on peine à distinguer chaque partie mais pour une première carte de visite, le résultat est honorable bien que sans doute assez peu original et un peu trop long. On A Sad Sunny Day aurait en effet mérité quelques coups de ciseaux salvateurs, ce qui lui aurait permis de gagner un impact qui lui fait quelque peu défaut. Mais certaines titres, qui invitent à l'introspection, se drapent dans une grâce un peu désenchantée tout à fait remarquable et c'est bien dans ces moments là, lorsque Gianluca fait seulement parler sa guitare (le très beau Eight Years Old"), lorsque qu'il se contente d'effleurer telle une brise la surface de sa musique, qu'il se montre le plus touchant. Un projet à suivre en définitive, surtout si son principal géniteur réussit à se défaire de ses influences et à délivrer un modelé plus personnel... (2009) ⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...