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Njiqahdda - Taegnuub - Ishnji Angma (2009)


Entité mystérieuse, Njiqahdda est le projet de deux musiciens américains complémentaires et différents à la fois. Depuis 2005, ils ont, sans compter leurs autres passe-temps (Oaks Of Bethel et Funeral Eclipse), déjà éjaculé plus d'une dizaine d'albums, sans additionner tous les EP et autres splits qu'ils n'ont bien entendu pas manqué d'usiner. Preuve de ce priapisme créatif impressionnant, ce Taegnuub - Ishnji Angma, pourtant publié il y a quelques moins à peine, n'est déjà plus le dernier jalon de leur discographie, puisque deux autres offrandes sont venues enrichir celle-ci depuis peu ! Aimant déployés leur art sur des durées très longues (deux pistes dépassent tout de même la barre des dix minutes), ces deux lascars délivre avec ce huitième essai, une oeuvre conforme à leur vision peu orthodoxe du black metal. Pour eux, cette musique sert avant tout de terreau fertile, dans lequel ils peuvent planter leurs influences à la croisée de l'ambient et du rock psychédélique. Pour qui connaît le groupe (?), Taegnuub - Ishnji Angma ne présentera de fait que bien peu de surprises, même si les titres sont cette fois-ci moins longs. En revanche, pour les autres (la majorité), ce magma bouillonnant risque de paraître improbable et incompréhensible. 


Décrire par des mots ces plages parfois plus proches de la noise que du metal noir ("'U Finuug Vraam" et sa bouillie vocale inaudible) semble aussi absurde que mission impossible. Sur un substrat essentiellement instrumental que fissure des lignes vocales hallucinées et lointaines, Njiqahdda forge une trame mystique et transcendantale, sorte de transe qui par moment s'emballe sur une cadence infernale ("Ishnji Angma") mais qui, le plus souvent, arbore une forme hypnotique voire lancinante ("Aski") d'où ruisselle une tristesse sourde et étrange (le prologue "Purnakalamanna"). Et lorsque la musique adopte les contours de complaintes incantatoires ("Njiuni Elova", "Taegnuub", dérive longue et minimaliste où le chant, résonnant comme un appel religieux, semble être celui d'un shaman oriental), on est alors emporté dans des effluves nébuleuses d'une dimension cosmique réelle. L'Everest est atteint avec "Nil Fyan Utopiia", interminable contemplation répétitive et épurée aux confins du drone expérimental, pulsation atmosphérique qui irradie pourtant une beauté aérienne et insaisissable. Avec cette respiration océanique, l'album meurt tout doucement, s'efface, s'évapore dans les brumes au son du ressac... C'est superbe et propice à la méditation. A l'instar de ses devanciers, Taegnuub - Ishnji Angma se vit plus qu'il ne s'explique car sa portée introspective fait qu'il dépasse le cadre stricto sensu du black et du metal tout court. Il s'agit presque d'une invitation à des voyages existentiels et ritualistiques qui touchent l'âme autant que le coeur. (2009) ⍖⍖

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Brian De Palma - Blow Out (1981)

Brian De Palma s’est imposé dans les années 70 grâce à une série de films très personnels, thriller ( Obsession ) ou fantastique ( Carrie , Phantom Of The Paradise ), dont l’affolante virtuosité technique a fait de lui l’un des cinéastes les plus doués de sa génération. Après le succès de Pulsions , il souhaite à l’aube des années 80 s’extraire du cinéma de genres et se frotter à des projets plus ambitieux. L’adaptation du roman de Robert Daley, Le prince de New York , devait lui en fournir l’occasion mais il est finalement renvoyé de la production, remplacé par Sidney Lumet. A la place, il réalise Blow Out dont il est l’auteur du scénario. De prime abord, celui-ci semble s’inscrire dans la continuité de ses films précédents, particulièrement du fait de cette influence hitchockienne toujours de mise et dont il ne se départira vraiment qu’après Body Double (1984). Le héros qui sauve une femme de la noyade, la cloche de la liberté, cette variation autour du cri ou cette course-poursuit...

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...