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Mark Robson - Tremblement de terre (1974)


L'année 1974 reste l'Année du film catastrophe, alignant pas moins de trois des plus fameux spécimens de ce genre aujourd'hui particulièrement daté : La tour infernale de John Guillermin, 747 en péril de Jack Smight et donc Tremblement de terre de Mark Robson. Les deux derniers accueillent Charlton Heston en héros ainsi que l'indispensable George Kennedy l'éternel Patroni. Après les avions, les bateaux (L'aventure du Poseidon) et avant de convoquer toutes les bestioles de la création (L'inévitable catastrophe), Earthquake joue sur la peur lié aux séismes, manière aussi d'insister sur la responsabilité des hommes qui édifient des buildings gigantesques et baraques sans se soucier de la nature et des contraintes qu'elle impose. Si sa construction témoigne d'une grande banalité, avec sa première partie consacrée à l'inévitable présentation des protagonistes aux profils archétypaux formant un microcosme dont la catastrophe va exacerber les tensions et les failles et s'il n'évite pas l'inévitable défilé de vedettes plus ou moins passées (Ava Gardner, Lloyd Nolan), Tremblement de terre s'élève pourtant largement au-dessus de la marée parce qu'il distille très vite l'inquiétude, notamment en filmant ce barrage, monstre de béton dont on imagine les ravages qu'il causera une fois que la terre aura tremblé. 

Réalisateur dont on a du mal à cerner un quelconque fil directeur dans la carrière, signant aussi bien des films d'épouvante pour Val Lewton (L'île des morts, Bedlam), deux des meilleures bobines sur le monde de la boxe (Le champion, Plus dure sera la chute), de nombreux films de guerre (pas ce qu'il a fait de mieux) mais également de sombres navets (L'auberge du sixième bonheur), Mark Robson demeure au moins un solide artisan et le prouve ici, soutenu par le travail de Philip Lathrop à la photo et bénéficiant de trucages qui paraissent toujours habiles aujourd'hui. Les vues en plan large sont très belles par exemple. A l'époque, les salles qui le projetaient utilisaient l'éphémère procédé Sensurround qui faisait trembler les sièges et les murs. Effets garantis !  Si les personnages n'échappent donc pas aux conventions, on relèvera la présence d'un alcoolique qui semble ne se rendre compte de rien (Walter Matthau crédité sous un nom fantaisiste) et celle d'un gérant d'épicerie franchement louche, soupçonné d'être homosexuel par ses souffre-douleurs mais que son statut de militaire de réserve fera basculer dans une dérive autoritaire et vengeresse. A la fin, Charlton Heston doit faire le choix entre rester en vie avec sa jeune maitresse (Geneviève Bujold) ou mourir avec sa femme qu'il n'aime plus (Ava Gardner). Il ne pourra se résoudre à abandonner celle-ci. La morale est sauve ! Tremblement de terre a cependant le bout goût de nous épargner les discours fédérateurs appelant à reconstruire la ville en corrigeant les erreurs funestes du passé. Une fois son héros emporté par les eaux des égouts, le film s'achève très vite sur un plan large de Los Angeles anéantie. Point final. (30.12.2020) ⍖⍖⍖





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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...