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Phil Karlson - Hell's Island (1955)


En l'espace de deux ans, entre 1955 et 1956, John Payne est à l'affiche de pas moins de huit films , au nombre desquels figurent Le mariage est pour demain et Deux rouquines dans la bagarre, deux des chefs-d'œuvre d'Allan Dwan. Les autres, il est vrai, sont de stature plus mineure dont ce Hell's Island qui marque la troisième et dernière collaboration entre le comédien et le réalisateur Phil Karlson. Il s'agit donc aussi de la moins réussie du lot (la moins connue aussi), ne pouvant se hisser au niveau de L'affaire de 99ème rue (1953) et surtout du Quatrième homme (1952). Sorte de variation autour du Faucon maltais, ce film noir n'est pourtant pas sans qualités. Tiré d'un matériau écrit à quatre mains par Jack Leonard et Martin Goldsmith, auteurs de L'énigme du Chicago Express (1952) de Richard Fleischer, Hell's Island revisite les codes du genre avec son héros déchu manipulé par une femme fatale sur fond d'enquête aux rebondissements embrouillés autour d'un rubis volé que convoitent des types tous plus louches les uns que les autres. 


Plus vulnérable qu'à l'accoutumée, John Payne se glisse avec sa force tranquille habituelle dans la peau de cet ancien avocat réduit à faire les videurs dans un casino de Las Vegas. Cloué dans un fauteuil-roulant, Francis L. Sullivan compose un méchant roublard comme Sydney Greenstreet l'aurait incarné tandis que la trop rare Mary Murphy, que nous n'attendions pas à un tel degré de perversité, tire son épingle du corsage en salope intégrale, femme vénale et toxique jouant de ses charmes exsudant le vice pour téléguider les hommes. Etonnamment (ou non), le décor moite, en couleurs et en VistaVision des Caraïbes sied pourtant moins à Phil Karlson qu'un environnement urbain ou rocailleux en noir et blanc. C'est un peu comme si la torpeur de ce cadre exotique anesthésiait la sécheresse de sa patte nerveuse. Reste un solide film noir déjà anachronique à l'époque et fardé de cette chatoyance typique des productions Paramount des années 50. (03.08.2022) ⍖⍖


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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...