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Christian De Chalonge - L'alliance (1971)


Œuvre aussi unique que précieuse, L'alliance est un film particulièrement étrange. Mais de toute façon, comment pourrait-il en être autrement venant de la part de Jean-Claude Carrière qui n'incarne pas seulement l'un des deux personnages principaux mais adapte son propre roman paru en 1962. Etrangeté d'un récit qui démarre dans l'absurde (ce vétérinaire au comportement curieux qui cherche une femme à marier avec pour seul critère de posséder un grand appartement), dévie dans le thriller paranoïaque pour déboucher sur une science-fiction apocalyptique. Etrangeté de la première rencontre entre Hugues et Jeanne aux allures de visite immobilière. Etrangeté toujours de leur relation vierge de la moindre trace d'amour bien que pour sa part, elle ressente pour lui une affection qu'il ne partage pas. Bien que mariés, ils continuent de se vouvoyer. Pour autant, lui développe très vite une jalousie obsessionnelle à l'égard de sa femme, consignant chaque jour ses déplacements, ses faits et gestes. Il se persuade ainsi qu'elle a un amant. Qui est-elle vraiment ? A qui appartenaient les affaires entreposées dans cette mystérieuse penderie, objet de tous les fantasmes ? Mais qui est-il lui même ? Quelle est la nature exacte des expériences qu'il conduit dans son laboratoire ? 


Etrangeté donc de cet appartement dont l'agencement nous échappe en un labyrinthe de portes et de corridors. Etrangeté bien sûr de cette faune qui remplit peu à peu le cabinet, animaux qui semblent ressentir l'arrivée d'un danger imminent et finissent par installer une atmosphère sourde et inquiétante. Etrangeté encore de cette musique bruitiste qui participe d'une ambiance de plus en plus bizarre. Etrangeté enfin d'une dernière image inoubliable qui dévoile le magnétophone crachant la voix déformée du vétérinaire, à moitié enseveli dans le sable que parcourt des insectes, uniques survivants de l'apocalypse qui couvait tout du long. Etrangeté pour finir d'Anna Karina dont le charme fascine, lointaine et énigmatique. Dévidant une histoire d'amour insolite, L'alliance restitue parfaitement le ton insolite de ce fantastique littéraire français des années 60 et 70 typique des éditions Fleuve Noir dont Jean-Claude Carrière fut un des auteurs emblématiques aux côtés des Jean-Pierre Andrevon et autre Pierre Pelot. (27.02.2023) ⍖⍖⍖


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Thumos - Symposium (2023)

Selon sa (bonne) habitude, Thumos ne reste jamais silencieux bien longtemps, venant frapper à notre porte tous les six mois environ, parfois moins comme l'illustre Symposium qui surgit à peine quatre mois après le EP Kallipolis . Nous pourrions évidemment craindre que cette insolente fertilité se solde par un assèchement de la créativité de ce groupe si particulier mais il n'en est pour l'instant rien. Nous pourrions craindre également que celui-ci finisse par se répéter, enfermé dans le cadre imposé par un post doom instrumental dont les limites semblent de prime abord évidentes. Là encore, Thumos réussit à chaque fois à éviter le piège de la redite, de la photocopie d'une signature au demeurant désormais clairement identifiée tant dans la forme (une partition engourdie par une pesanteur sévère) que dans le fond (la Grèce antique comme curieux combustible). Le mystère demeure toujours autour de ce groupe dont on n'est pas certain qu'il en soit véritablement un,...

Laudanum - The Coronation (2009)

Le laudanum est un médicament à base d'opium utilisé comme calmant et très en vogue au XIXème siècle. C'est aussi le nom d'un groupe dont la musique se veut plus proche de la corrosion des drogues que d'un somnifère. Aux confins du doom halluciné, du sludge tellurique, du drone et de la noise, les Américains sculptent au burin un univers très personnel, dérive psychopathe rongée par une lèpre vicieuse. Cinq ans après une première dose remarquée ( The Apotheker ), The Coronation a quelque chose d'un labyrinthe humide d'une noirceur abyssale. 100 fois plus evil que bien des hordes grimées à la truelle et exaltant les forces des ténèbres, Laudanum écrit des bandes-sons cauchemardesques qui ne filent jamais droit. Il y a véritablement quelque chose de pourri, de souillé dans ce magma brulant et maladif, preuve en est le déglingué "Invoke", reptation stridente aux riffs obsédants. Basé sur un canevas pour moitié instrumentale ("Procession" "...

Jerry Thorpe - All God's Children (1980)

Les bons sentiments font rarement les bons films. All God's Children le démontre encore une fois, téléfilm qui, à travers le sujet du busing (expérience visant à développer la mixité raciale dans les transports scolaires), ausculte les maux d'une petite communauté gangrené par le racisme ordinaire et en corollaire la ségrégation qui sévit encore au sein de la société américaine des années 70.  Un thème intéressant et courageux malheureusement traité platement par Jerry Thorpe, fils de Richard et pourtant auteur d'un Jour des Apaches (1968) de bonne mémoire. Sincères, les comédiens y croient mais paraissent impuissants à rendre ce drame captivant. Démocrate convaincu, Richard Widmark campe un juge rongé par les remords après que sa décision d'imposer la mixité scolaire notamment dans les transports, déclenchent des contestations violentes et in fine la mort d'un adolescent (noir) qui a volé un bus avec son copain (blanc). Il est évidemment impeccable, tout comme Ne...