Œuvre aussi unique que précieuse, L'alliance est un film particulièrement étrange. Mais de toute façon, comment pourrait-il en être autrement venant de la part de Jean-Claude Carrière qui n'incarne pas seulement l'un des deux personnages principaux mais adapte son propre roman paru en 1962. Etrangeté d'un récit qui démarre dans l'absurde (ce vétérinaire au comportement curieux qui cherche une femme à marier avec pour seul critère de posséder un grand appartement), dévie dans le thriller paranoïaque pour déboucher sur une science-fiction apocalyptique. Etrangeté de la première rencontre entre Hugues et Jeanne aux allures de visite immobilière. Etrangeté toujours de leur relation vierge de la moindre trace d'amour bien que pour sa part, elle ressente pour lui une affection qu'il ne partage pas. Bien que mariés, ils continuent de se vouvoyer. Pour autant, lui développe très vite une jalousie obsessionnelle à l'égard de sa femme, consignant chaque jour ses déplacements, ses faits et gestes. Il se persuade ainsi qu'elle a un amant. Qui est-elle vraiment ? A qui appartenaient les affaires entreposées dans cette mystérieuse penderie, objet de tous les fantasmes ? Mais qui est-il lui même ? Quelle est la nature exacte des expériences qu'il conduit dans son laboratoire ?
Etrangeté donc de cet appartement dont l'agencement nous échappe en un labyrinthe de portes et de corridors. Etrangeté bien sûr de cette faune qui remplit peu à peu le cabinet, animaux qui semblent ressentir l'arrivée d'un danger imminent et finissent par installer une atmosphère sourde et inquiétante. Etrangeté encore de cette musique bruitiste qui participe d'une ambiance de plus en plus bizarre. Etrangeté enfin d'une dernière image inoubliable qui dévoile le magnétophone crachant la voix déformée du vétérinaire, à moitié enseveli dans le sable que parcourt des insectes, uniques survivants de l'apocalypse qui couvait tout du long. Etrangeté pour finir d'Anna Karina dont le charme fascine, lointaine et énigmatique. Dévidant une histoire d'amour insolite, L'alliance restitue parfaitement le ton insolite de ce fantastique littéraire français des années 60 et 70 typique des éditions Fleuve Noir dont Jean-Claude Carrière fut un des auteurs emblématiques aux côtés des Jean-Pierre Andrevon et autre Pierre Pelot. (27.02.2023) ⍖⍖⍖



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