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Lustre - Night Spirit (2009)


Musicien-pieuvre, Nachtzeit est bien connu des services d'une certaine frange du black metal suédois. Attention, pas celle des Marduk et autre Dark Funeral qui conjugue le genre avec rapidité supersonique digne du lapin Duracel. Non plutôt celle des Shining, Lifelover. Bref, un black metal qui sert de cordes aux âmes dépressives, un black metal où le sens des atmosphères prime sur l'agression à tout prix. Autrefois batteur de Hypothermia, notre suédois se démultiplie à volonté à travers une belle brochette de projets charbonneux : Nihilum, Durthang, Mortem Parto Humano... Parfois secondé par un misanthrope comme lui ou plus généralement seul, il trouve dans Lustre le véhicule le plus sérieux pour exprimer ses pensées, sa philosophie. 


Là où la plupart de ses formations peinent à dépasser le stade des démos et des splits, celle-ci, bien qu'ayant vu la nuit seulement en 2008, délivre déjà sa première offrande, après un EP - Serenity - annonciateur de grandes choses. Sillonnant les terres torturées d'un Art Noir comme Varg Vikernes l'a défini à partir de Filosofem et plus encore avec ses deux successeurs gravés derrière les barreaux, Lustre est le type d'entité qui ne peuvent proliférer que dans le cadre du one-man-band. L'architecture, squelettique et minimaliste, offre ainsi cette possibilité. Glorifiant les forces nocturnes et mystérieuses de la nature, Night Spirit se scinde en deux (très) longues complaintes arides de près de vingt minutes chacune, au substrat essentiellement instrumentale. Simple râle, le chant ne fait qu'affleurer à la surface tandis que les claviers s'imposent comme le guide de cette musique lancinante et répétitive à l'extrême aux confins de l'ambient, témoin, la première partie construite sur un lit de synthétiseurs qui égrènent des notes décharnées tandis que le tempo avance à la vitesse d'une limace ayant absorbée du valium par boîte de douze. Mais Nachtzeit s'y entend pour installer un climat hypnotique teinté de mysticisme, crépusculaire et beau à la fois. Avec son fracas de riffs en guise de préliminaires, le second pan écarte ses cuisses avec une lenteur étouffante, interminable marche funèbre figée dans un monolithisme toutefois moins absolu que celui plombant sa devancière. Moins présents car ils n'en forment cette fois-ci pas les arc-boutants, les claviers cèdent la place à des guitares qui ne parviennent jamais à décoller, elles qui érigent un mur des lamentations absolument superbe. Les gargouillis sont toujours aussi brumeux, fantomatiques quasiment, mais ce dérelict majestueux dérive dans des eaux plus agitées et plus noires encore. D'un noir d'encre, celui de la nuit lorsque aucune étoile ne vient l'adoucir, quand bien même Night Spirit se s'abîme jamais totalement dans la fosse. On pense donc beaucoup au Burzum dernière époque mais avec cette gravité dans les tons qui a tant manqué à un Hlidskjalf par exemple et surtout à l'ancrage dans le black metal évident. Avec Night Spirit, Nachtziet vient très certainement d'accoucher de son oeuvre la plus aboutie à ce jour. (2009 | LHN) ⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...