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Ashra - Correlations (1979)


Ash Ra Tempel, Ashra, Manuel Göttsching : trois noms pour un seul et même artiste ? Pas sûr. L’homme étant particulièrement éclectique – quel rapport en effet entre le rock cosmique planant de Join Inn, la musique psychédélique de Starring Rosi et le stratosphérique Inventions For Electric Guitar par exemple ? -, son art revêt de nombreuses formes d’expression différentes. Bien qu’épaulé par les mêmes musiciens (dont le batteur Harald Grosskopft), Manuel Göttsching avec Ashra explore une voie très éloignée de celles de ses débuts. Le projet a évolué avec l’œil rivé sur la progression des technologies et de l’art musical. Correlations en témoigne.  A des années-lumière donc du style en vigueur sur les premières offrandes du maître, cet album braconne sur les terres de la musique disco et annonce ce faisant la mouvance dancefloor. Sons synthétiques, beats hypnotiques, mais toujours cette guitare atmosphérique qui signe l’identité de son propriétaire. Ce monument du genre ouvre ses portes sur le long et accrocheur "Ice Train", terrain de jeu idéal pour la six-cordes virtuose exploratrice de sonorités inédites du Dieu germanique. Une fois agrippée aux esgourdes, la mélodie de ce titre ne vous lâchera plus. Puis survient le diamant "Club Cannibal" et ses nappes de synthétiseurs envoûtantes, obsédantes, presque techno avant l’heure (on comprend mieux pourquoi, à l’instar de son ami Klaus Schulze, il est aujourd’hui vénéré par cette scène-là) sans doute l’une des plus belles plages jamais composées par Göttsching. 


Après "Oasis", sorte de rêverie poétique dessinée par le jeu aérien et délicat, presque insaisissable de ce dernier, "Bamboo Sands" entraîne de nouveau Correlations vers des sommets. D’abord introduite par des notes de piano et de guitares, cette pièce d’orfèvrerie, n’est pas sans rappeler par la suite (et par moment seulement !) le Cerrone ( ?) de la grande époque, celui de Supernature, les lignes planantes du maître en plus. Si le très beau "Morgana De Capo" déverse des ondes dramatiques intenses, "Pas De Trois" se veut plus léger mais a quand même un peu vieilli et ce, en dépit de la guitare lumineuse de Manuel et des percussions enlevées de Grosskopf. En revanche, "Phantasus" qui ferme la marche, s’élève très haut dans le ciel. Grisant. Bien que noyé sous des couches de synthés que le temps a toutefois recouvert d’une fine couche de poussière, Correlations reste, à l’image de ses prédécesseurs, un laboratoire pour la Gibson et les claviers de Göttsching... Un Göttsching qui sait conserver néanmoins un esprit rock et accessible, malgré sa soif d’expérimentation jamais remise en question. (2009 | MW) ⍖⍖⍖⍖



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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...