Accéder au contenu principal

Sturmgeist - Manifesto Futurista (2009)


Cornelius von Jackhelln est un artiste aussi insaisissable que fascinant à suivre. Dandy intellectuel et raffiné, il est pourtant l'une des deux têtes pensantes de Solefald, entité majeure de la scène black metal norvégienne. Etant un musicien (forcément) éclectique, il peut offrir un album de remixes (entre autres) de son principal drakkar avec le surprenant The Circular Drain tout comme il aime brouiller les pistes en mettant sur pied un projet tel que Sturmgeist qui conjugue indus martial et art noir. Après trois ans d'absence, il se fend, quasiment seul comme d'habitude, d'un successeur à Über. Mais plutôt que de poursuivre le chemin entamé par celui-ci et par son prédécesseur, Manifesto Futurista semble tourner une nouvelle page. Sorti chez Season Of Mist, Meister Mephisto et Über nouaient de nombreux liens en commun, depuis des écrins similaires sinon dans la forme du moins dans l'esprit jusqu'à leur musique. Ce troisième essai rompt totalement avec ces standards. Nouveau label (celui de Cornelius lui-même), un visuel et un nom empruntés au futurisme italien qui illustrent l'étendu de la culture de l'artiste et surtout un contenu qui diffère de manière drastique avec ceux de ses aînés au point qu'on a l'impression l'écoute achevée qu'il s'agit de l'oeuvre d'un tout autre projet. Pourtant, le format est identique : courtes, les saignées ne durent jamais plus de quatre minutes. Mais là s'arrête la comparaison. Manifesto Futurista est un pur concentré de black metal rapide et puissant, venimeux et obsédant bien que toujours accrocheur. Le vicieux "Monolith" nous renseigne d'entrée de jeu quant à ce nouveau visage. Ne s'attendant pas à pareil traitement, c'est la surprise assurée. 

Tout d'abord déçu de ne pas retrouver la recette qui fit le succès artistique des deux premiers albums, on finit peu à peu à se prendre au jeu, à entrer dans cet univers en définitive des plus séduisants et que l'on ne parvient plus par la suite à lâcher. S'il s'est chargé quasiment de tout (sauf de la batterie), le Norvégien a réussi à habiller cet essai dans une armure organique intense et fielleuse. Résultat, ces titres claquent, raclent les chairs et vous vrillent le cerveau en moins de temps qu'il n'en faut pour avaler une bière. "Himmelen Faller", "The Siegfried Order", "Skyggestrykerne", ainsi que le premier morceau, forment une tétralogie monumentale à laquelle il est difficile de résister. On pense parfois au Satyricon dernière période pour cette faculté à accoucher d'hymnes (faussement) immédiats qui donne envie de taper du pied mais néanmoins sinistres et noirs. Plus lancinant, "Verdun" distille un climat mortifère étouffant, tout comme "Elegie d'une modernité meurtrière" lequel, libère par le biais de voix plus aériennes une atmosphère presque élégiaque justement. C'est du reste, avec le très majestueux instrumental "Ritorno Glorioso", qui évoque les couleurs froides et orchestrales de l'odyssée islandaise de son autre groupe et la piste la plus "classique" du lot, que la patte du Cornelius de Solefald se montre la plus évidente. Par contre, avec "Manifesto Futurista", c'est un black metal véloce et âpre qui reprend le dessus, cependant que "Sturmgeist 89", avec ses riffs grésilants est ses multiples fractures renoue avec l'esprit du mal originel du début des années 90. Plus étonnants demeurent en revanche les épilogues "Let Us Be The Suns Of Our Time" et "Death Metal Baroque" au tempo miné par une lourdeur infâme. Encore une réussite à mettre à l'actif d'un musicien dont on n'est certainement pas prêts d'avoir découvert toutes les facettes. Insaisissable et fascinant. (06/07/2009) ⍖⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - Au-delà (2010)

De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme. Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le f...

Doro - Doro (1990)

Si sur le papier, Force Majeure marque le point de départ de la carrière solo de la chanteuse, c’est bien ce disque éponyme - son second - qui incarne ses premiers pas hors de Warlock, son aîné n’ayant pu bénéficier d’une sortie sous la bannière du groupe que pour des raisons essentiellement juridiques. Désireuse ne plus être liée à une seule formation dont elle estime qu‘elle bride sa liberté, Doro décide donc désormais de voler de ses propres ailes, ce que confirme bien le nom de cet opus aux airs de nouveau départ. En outre, le succès aidant, elle fait le choix d’affirmer une "américanisation" de sa musique que Triumph and Agony et Force Majeure avaient déjà entamé. Fini les visuels typés heroic fantasy, la jolie teutonne s’affiche sur la pochette de Doro à la manière d’une chanteuse pop. Autre signe qui ne trompe pas : la présence de Gene Simmons (Kiss, mais est-il besoin de le préciser ?) en tant que producteur exécutif. L’avisé musicien et amateur de belles femmes col...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...