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Borknagar - True North (2019)


Si son titre et le visuel qui l'habille, très beau au demeurant, ne respirent pas l'originalité, au moins permettent-ils de planter le décor de True North, celui d'un black metal alimenté aux eaux glaciales de fjords majestueux. Mais Borknagar étant (toujours) ce qu'il est, n'espérez pas de sa part un viking metal classique et guerrier. S'il puise son inspiration dans toute une géographie et mythologie nordiques, musicalement, le groupe cultive depuis ses débuts il y a près de vingt-cinq ans maintenant une audace et un goût pour les structures complexes, qui l'arrime à la branche la plus évolutive de la scène extrême norvégienne, celle de Solefald ou d'Arcturus. Alors qu'il en assurait les voix black depuis Empiricism (2001), Vintersorg ne participe plus à l'équipage du drakkar. La perte pourrait être lourde mais, outre le fait que le guitariste et fondateur Øystein Garnes Brun en reste l'incontestable leader, ICS Vortex et Lars "Lazare" Nedland n'ont aucun mal à pallier ce départ, le premier assurant désormais les parties les plus agressives. 


Bien sûr, True North leur doit beaucoup, surtout lorsqu'ils rivalisent d'émotions dans un registre limpide qui procure des frissons, témoins ce 'Wild Father's Heart' dont la tendresse masque à peine une mélancolie souterraine et plus encore ce 'Voices', beau comme un chat qui dort et que Lazare installe au sommet du Valhalla en faisant preuve de cette finesse mêlée de puissance qui n'appartient qu'à lui. Le chant clair irrigue tout du long ce onzième album qui paraîtra du coup à certains très (trop ?) mélodique, n'hésitant parfois pas à flirter avec le rock progressif à l'image de 'Up North' d'une fulgurante beauté avec ses claviers échappés des années 70 et ses lignes vocales (encore) d'une force quasi magnétique. Quelques blasts et irruptions ténébreuses surgissent bien durant 'Thunderous' ou 'Mount Rapture' tandis que 'Tidal' se présente comme une longue et tempétueuse épopée, mais ils ne peuvent ni durcir ni noircir un menu placé sous le signe d'une majesté froide et tourbillonnante où la flamboyance émotionnelle l'emporte sur l'agressivité. Emporté par cette rivalité vocale habituelle et une écriture d'orfèvre, True North s'inscrit donc dans le sillage naturel de ses devanciers dont il adoucit toutefois encore un peu plus le style mais, grâce à une poignée de compositions parmi les plus intenses et foudroyantes qu'il a jamais enfantées, Borknagar imprime dans la mémoire d'envoûtantes images qui ne sont pas prêtes de s'effacer. (13.10.2019 | MW) ⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...