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Autokrator - Autokrator (2015)


Autokrator, ce nom ne vous dira sans doute rien mais celui de N.K.V.D., certainement davantage. Or, les deux entités partagent (au moins) un point commun, le musicien Loïc F. seul à la barre du second, entouré de quatre autres hères au sein du premier. Son évocation se veut déjà un indice précieux quant à la teneur de ce nouveau projet. Et doublement. Connaissant la sève créatrice qui coule dans les veines du bonhomme, la qualité de ce premier jet ne fait ainsi aucun doute, quand bien même la réussite de de Vlast puis de Hakmarrja n'est pas totalement reproduite (nous y reviendrons). Connaissant le bonhomme et son approche visionnaire enfin, les atours puissamment martiaux qui drapent tel une armure ce méfait éponyme ne surprennent pas tant que cela non plus. Pour autant, Autokrator ne noue au final que peu de liens avec N.K.V.D., si ce n'est ce même ciment autoritaire. 


Le Black Metal dictatorial cède ici la place à un maelström assourdissant où copulent Death mécanique, Drone halluciné et Indus tellurique. De cette masse pulsative n'émergent guère qu'un chant abyssal et pollué qui gronde et des samples d'une  force cataclysmique, maigres balises auxquelles l'auditeur tente de s'accrocher, avalé qu'il est par ce torrent de haine froide. Inutile de chercher à décrire chacune des pistes structurant l'album tant celles-ci se veulent en réalité les différents actes d'un unique ensemble, d'une tragédie doloriste. Et si à la fin, on n'est pas certain d'avoir tout compris de ce bloc (trop) unitaire bouillonnant d'une négativité funèbre,  il n'en demeure pas moins que celui-ci parvient à imprimer une atmosphère de fin du monde très particulière, ce qui lui confère une précieuse singularité. On ressort de sa défloration, vidé, asséché, presque agonisant. Tout d'abord offert sous le seul format digital, Iron Bonehead, pour l'édition vinyle, et Inferna Profundus Records, pour la tape, ne s'y sont pas trompés, devinant le potentiel d'une oeuvre certes imparfaite, parfois mal dégrossie sinon brouillonne mais brûlant d'une semence noire comme l'ébène, capable de vriller l'âme... (08.06.2015 | LHN) ⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...