Accéder au contenu principal

Autokrator - Autokrator (2015)


Autokrator, ce nom ne vous dira sans doute rien mais celui de N.K.V.D., certainement davantage. Or, les deux entités partagent (au moins) un point commun, le musicien Loïc F. seul à la barre du second, entouré de quatre autres hères au sein du premier. Son évocation se veut déjà un indice précieux quant à la teneur de ce nouveau projet. Et doublement. Connaissant la sève créatrice qui coule dans les veines du bonhomme, la qualité de ce premier jet ne fait ainsi aucun doute, quand bien même la réussite de de Vlast puis de Hakmarrja n'est pas totalement reproduite (nous y reviendrons). Connaissant le bonhomme et son approche visionnaire enfin, les atours puissamment martiaux qui drapent tel une armure ce méfait éponyme ne surprennent pas tant que cela non plus. Pour autant, Autokrator ne noue au final que peu de liens avec N.K.V.D., si ce n'est ce même ciment autoritaire. 


Le Black Metal dictatorial cède ici la place à un maelström assourdissant où copulent Death mécanique, Drone halluciné et Indus tellurique. De cette masse pulsative n'émergent guère qu'un chant abyssal et pollué qui gronde et des samples d'une  force cataclysmique, maigres balises auxquelles l'auditeur tente de s'accrocher, avalé qu'il est par ce torrent de haine froide. Inutile de chercher à décrire chacune des pistes structurant l'album tant celles-ci se veulent en réalité les différents actes d'un unique ensemble, d'une tragédie doloriste. Et si à la fin, on n'est pas certain d'avoir tout compris de ce bloc (trop) unitaire bouillonnant d'une négativité funèbre,  il n'en demeure pas moins que celui-ci parvient à imprimer une atmosphère de fin du monde très particulière, ce qui lui confère une précieuse singularité. On ressort de sa défloration, vidé, asséché, presque agonisant. Tout d'abord offert sous le seul format digital, Iron Bonehead, pour l'édition vinyle, et Inferna Profundus Records, pour la tape, ne s'y sont pas trompés, devinant le potentiel d'une oeuvre certes imparfaite, parfois mal dégrossie sinon brouillonne mais brûlant d'une semence noire comme l'ébène, capable de vriller l'âme... (08.06.2015 | LHN) ⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - American Sniper (2014)

Combien de metteur en scène peuvent se vanter de connaître le plus gros succès de leur carrière à 84 ans ? Aucun, si ce n'est bien entendu l'inusable Clint Eastwood dont American Sniper restera le plus grand triomphe au box office. Il est aussi le le film américain à avoir engrangé le plus de millions de dollars en 2014, ce qui n'est pas si surprenant eu égard à son sujet qui parle au coeur des Américains. Si l'homme a pu susciter des controverses, notamment de part ses prises de position assez peu politiquement correctes, son cinéma se veut généralement plus consensuel, à l'exception de Dirty Harry. Mais une fois n'est pas coutume donc, American Sniper déclenche la polémique par son patriotisme supposé. En réalité, et comme souvent chez Eastwood, ce portrait sans fard de Chris Kyle se révèle bien plus ambigu qu'il n'y parait.  Loin d'une production cocardière, il s'agit moins d'un produit de propagande qu'une dénonciation des ravages d...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...

Clint Eastwood - Jersey Boys (2014)

Clint Eastwood poursuit sa carrière hors des modes et du temps. Alors âgé de 84 ans (!), l'année 2014 le voit offrir deux films, Jersey Boys et American Sniper , deux biopics aussi différents que réussis qui illustrent si besoin en était encore, la large palette de son inspiration et surtout sa verve cinématographique quand tant d'autres réalisateurs ont été mis à la retraite depuis longtemps. Après les funèbres Lettres d'Iwo Jima et ou Au-delà et les pesants Invictus ou J.Edgar , cette adaptation d'une comédie musicale, retraçant la carrière d'un groupe de rock fameux aux Etats-Unis, les Four Seasons, semble presque être l'oeuvre d'un jeune metteur en scène. Classique dans le fond, sa forme swingue, emportée par un tempo enlevé cependant que les comédiens n'hésitent pas à s'adresser directement à la caméra. Après Une nouvelle chance , sur un mode mineur néanmoins, quel plaisir de voir Eastwood revenir à un cinéma simple, s'appuyant sur des...