Accéder au contenu principal

Ash Ra Tempel - Starring Rosi (1973)


Ceux qui ont été hypnotisés par les effluves cosmiques de Join Inn seront certainement mécontents, sinon déçus par son successeur, Starring Rosi, étonnement accessible en comparaison. De nouveau seul aux manettes après le départ d’un Klaus Schulze de toute façon revenu uniquement pour le dépanner, Manuel Göttsching tient plus que jamais la barre d’Ash Ra Tempel, navire qui tend de plus en plus à se confondre avec son capitaine. Pour être différente de son irréelle devancière, cette cinquième offrande n’en demeure pas moins un pur joyau. Comme pour confirmer son titre, l’album débute par le rire de Rosi, dont c’est la dernière apparition au sein du groupe (?). Mais très vite, "Laughter Loving" se fraye un chemin dans le rock psychédélique à la Amon Düül II. Instrumental, ce morceau permet au guitariste de libérer ces notes aériennes dont il a le secret grâce à son jeu plein de finesse. Il semble davantage caresser, effleurer les cordes que les gratter ce qui lui permet de faire décoller sa Gibson très haut, tout là-haut vers des sphères infinies, vierges de toute présence humaine car elles sont d’habitude le domaine des dieux.


Si "Day-Dream" est un écrin cristallin pour la voix de la jeune femme, dont les lignes vocales sont soulignées par celles égrenées par Manuel, "Schizo" est un court instrumental touché par la Grâce divine, cependant que "Cosmic Tango", ponctué par le chant de Rosi noyé sous les effets, ressemble à un dialogue (forcément) cosmique entre la belle et les interventions psyché de son compagnon. Mais c’est bien le monumental "Interplay Of Forces", long de près de 8 minutes qui propulse Starring Rosi vers les sommets. Au rythme de percussions enlevées, Göttsching y déploie tout son talent avec une flamboyance, une liberté à même de faire passer David Gilmour pour un débutant. Le disque s’achève sur le beau "The Fairy Dance", sorte de ballade acoustique à la simplicité touchante, et sur le stratosphérique "Bring Me Up", émaillé de quelques parties vocales féminines et masculines. Bien que secondés par divers musiciens dont sa douce, présente sur une poignée de chansons, c’est finalement bien le guitariste qui reste le seigneur de l’album. Sa guitare, virtuose sans pour autant s’embourber dans la démonstration stérile, emplit tout l’espace de ses sonorités cette fois-ci plus psychédéliques que vraiment cosmiques. Son successeur, le gigantesque et évanescent Inventions For Electric Guitar, publié sous le nom de Manuel Göttsching mais vendu comme le sixième Ash Ra Tempel confirmera cette double évolution formelle et humaine. Starring Rosi est encore une excellente pioche dans la discographie du groupe, dont elle démontre plus que jamais l’esprit aventureux qui le nourrit avec en sus, cette patine seventies qui, loin de la recouvrir d’un voile de désuétude, lui confère une bonne partie de son charme. (2009 | MW) ⍖⍖⍖
                                    


Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...