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Franklin J. Schaffner - La planète des singes (1968)


Bien sûr, tout a déjà été dit sur La planète des singes, classique éternel de la science-fiction à l'origine d'une lucrative franchise composée de films, remakes, séries TV et bandes-dessinées. Adaptée d'un roman de Pierre Boulle (Le pont de la rivière Kwaï), l'oeuvre est entrée dans l'imaginaire collectif. On se souvient évidemment des inoubliables maquillages concoctés par John Chambers que tout le monde connaît même sans avoir vu le film. On se souvient de ces plans larges suivant l'exode des cosmonautes à travers une immensité désertique et rocailleuse. On se souvient de cette chasse à l'homme au milieu d'un champ de maïs et de l'effroi déclenché par la vue de ces primates traquant à cheval un bétail humain. On se souvient forcément de la scène finale où la statue de la liberté se découpe peu à peu du cadre face à un Taylor (Charlton Heston) s'écroulant dans l'eau et maudissant les hommes car il comprend alors que cette planète horrible qu'il croyait être à des années lumière de son port d'attache est en vérité la terre elle-même. Tout le film semble devoir conduire à cette séquence d'anthologie qui répond aux questions soulevées tout du long. 

S'il rencontre un succès colossal en 1968, La planète des singes a cependant connu un développement accidenté. Dès 1963, le producteur Arthur P. Jacobs acquiert les droits du bouquin. Blake Edwards est envisagé pour le réaliser tandis que Rod Sterling (La quatrième dimension) en compose le scénario, plus tard repris par Michael Wilson (La vie est belle, L'affaire Cicéron, Lawrence d'Arabie). Seul acteur intéressé par le projet, Charlton Heston suggère au producteur d'embaucher le metteur en scène Franklin S. Schaffner avec lequel il vient de tourner Le seigneur de la guerre. Mais le thème est jugé peu vendeur par les studios pour lesquels la science-fiction n'est encore qu'un genre mineur pour séries B et il faut l'accueil positif reçu par Le voyage fantastique (1966) de Richard Fleischer pour convaincre Richard Zanuck, le patron de la Fox, de financer le film. A l'arrivée, Planet Of The Apes offre un visage adulte de la SF, tirant sa force moins de ses effets spéciaux que de sa peinture d'un monde inversé où les hommes sont réduits à l'esclavage par des singes, parabole philosophique autant que politique qui dénonce à la fois l'obscurantisme religieux face à la science ainsi que le péril atomique consubstantiel de la Guerre froide. A la fin, c'est aux hommes du présent que Taylor adresse son désespéré cri de haine. Fable audacieuse et lucide, La planète des singes est un film puissant et emprunt des doutes et des traumatismes de l'époque qui l'a vu naître. Si les singes dominent les hommes, ils ne font pas pour autant preuve de plus de sagesse, reproduisant les mêmes procédés, les mêmes erreurs qui mènent à la folie. Si tout a donc déjà été dit à son sujet, le film lui-même fait le tour de son propos, condamnant ses suites et autres remakes à  une science-fiction plus banale, vidée de sa réflexion tragique teintée d'amertume... (01.02.2022) ⍖⍖⍖⍖



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