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Deitus - Irreversible (2023)


Après quasiment cinq ans d'abstinence discographique, Deitus accouche enfin de son troisième méfait. Malgré l'accueil très positif reçu par "Acta Non Verba" (2016) et surtout "Via Dolorosa" (2018), peut-être ne connaissez-vous pas ce groupe né dans les sombres aciéries de la Perfide Albion. Irrerversible devrait vous permettre de corriger cette lacune, il possède toutes les qualités pour cela. Les Anglais ont d'ailleurs bétonné leur retour : nouveau label, le très respecté Candlelight qui lui confère de facto une aura de respectabilité, prise de son assuré (encore une fois) par le tout aussi respecté Greg Chandler (Esoteric) et visuel aussi superbe qu'inquiétant concocté par SeventhBell. Voilà pour l'enrobage et les détails techniques. Le contenu, quant à lui, est à l'avenant. Mais de quoi s'agit-il ? Deitus est arrimé au black metal, pourtant son art n'est pas tellement orthodoxe et ne respecte pas le credo que le genre impose. Les atmosphères sont évidemment ténébreuses, le chant du dénommé A.G. âpre et charbonneux comme il se doit, les guitares, tranchantes. Mais Irreversible affiche des traits qui l'affranchissent totalement de l'art noir pur et dur, dès l'introductif 'Incursion', instrumental tout en ambiances oppressantes et en progressions souterraines qui l'enfonce dans un terreau plus death que black metal.


Cette influence façonne également le titre qui donne son nom à l'album, mid-tempo épique que ne renierait pas un Amon Amarth au mieux de sa forme. Les riffs obsédants de 'As Long As They Fear' qui agissent comme des balises perçant la brume nous évoquent pour leur part le UK doom des années 90 (Paradise Lost) voire son cousin sinistre suédois (Katatonia). En hébergeant la chanteuse Toni Coe-Brooker pour un résultat d'une lenteur envoûtante, 'Voyeur' ne s'impose pas seulement comme l'apogée de l'écoute, il souligne lui aussi chez ses créateurs une louable et inspirée soif de liberté, refusant d'être inféodés à un style bien particulier. Cela ne leur interdit pas une brutalité aussi véloce que parcimonieuse, témoin 'A Scar For Serenity', assurément le morceau le plus black du lot. Sans doute même le seul car l'immersif 'Straight For Your Throat', en dépit d'une noirceur tentaculaire, s'abîme dans les profondeurs de lourds boyaux aux confins d'un doom funèbre. La technique est précise, les mélodies à la fois torturées et lancinantes, inoculant une musique qui s'exonère des étiquettes. Black, death, doom, Irrerversible touche un peu à tout cela à la fois sans réellement appartenir à aucun de ces trois genres. Mais l'essentiel est ailleurs, niché dans ce matériau à la fois puissant et mélodique, sombre et aventureux, toujours émotionnel, peinture d'un monde étrange et fascinant venu du fond des âges, que Deitus explore avec une parfaite maîtrise. (26.08.2023 | MW) ⍖⍖

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