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Alain Jessua - Les chiens (1979)


Cinéaste aussi culte que sous-estimé car trop singulier pour être enfermé dans une case, Alain Jessua signe avec Les chiens un de ses meilleurs films. Epaulé par le scénariste André Ruellan que les lecteurs de SF connaissent mieux sous le pseudonyme de Kurt Steiner, il dépeint la dérive sécuritaire couplée au racisme ordinaire d'une petite ville dont les habitants s'éprennent peu à peu d'une passion irraisonnée pour les chiens à la manière d'une contagion paroxysmique. En posant sa caméra à Torcy, notamment dans ce qui est alors le nouveau quartier de l'Arche-Guédon, il choisit d'enrober son sujet d'une couleur un peu futuriste (à l'image de la salle de bowling et son décor de science-fiction) et pourtant ô combien contemporaine. Il utilise d'ailleurs à merveille ce cadre bétonné des villes nouvelles de la banlieue parisienne qu'il rend à la fois familier et menaçant.

S'il épouse les codes du cinéma fantastique, avec son héros qui s'agrège à une petite communauté, reniflant assez vite le lourd secret qui l'enserre et s'y échappant avant de découvrir en conclusion que le "virus canin" s'est répandu en dehors de la cité, Les chiens cultive le ton très personnel cher au réalisateur qui transforme l'humain en homme-chien fasciné par la violence. Le molosse devient la métaphore de nos pulsions brutales et ataviques. A leur tête, Gérard Depardieu compose un chef de meute au charme magnétique, mâle alpha qui prend progressivement contrôle de la ville. Face à lui, Victor Lanoux, l'étranger, tente d'enrayer la paranoïa qui prolifère, témoin impuissant de la mutation de paisibles citadins en excroissances de ces animaux qui envahissent leur quotidien avec une connotation éminemment sexuelle, parmi lesquelles on croise les belles Nicole Calfan, Fanny Ardant à ses débuts et l'impeccable Pierre Vernier. Sous couvert d'une série B, l'oeuvre braque sur notre époque un éclairage glaçant, dénonçant la peur de l'autre et le fascisme rampant dans les ruines d'un monde de béton. (27.03.2020) ⍖⍖⍖



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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...