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Sieghetnar - Erhabenheit (2008)


Enfanter une très longue respiration de plus de trente minutes en guise d'album n'est pas en soi quelque chose de difficile. Par contre, ce qui l'est bien davantage est d'écrire un long et "bon" titre. Pas mal s'y sont cassés les dents, bouffés par un égo mal placé. Le pourtant modeste Sieghetnar, lui a réussi ce pari démesuré avec ce Erhabenheit des plus convaincants. Allemande de sol, cette mystérieuse entité ne se résumant qu'à un seul être, le bien nommé Despite, est surtout norvégienne dans l'âme et dans le sang, celui du Burzum carcéral qui coule dans ses veines. Le mimétisme en est même troublant. Depuis 2005, le lascar inonde frénétiquement de sa sinistre semence les oreilles des masochistes du black metal pour suicidaires. Pas moins de quatre suppositoires et autant de démos. Erhabenheit est l'une d'entre elles et sans doute la meilleure porte d'entrée possible dans l'univers vaporeux de ce one-man-band. Une seule piste donc, instrumentale de surcroît (l'un des caractères principaux du projet) qui ouvre les vannes d'un art noir désespéré. Ici, la notion de minimaliste est portée à son paroxysme. 


Le socle s'enracine dans des sédiments de synthétiseurs, parfois érodés par quelques gravats électriques tandis qu'une batterie prisonnière d'une lointaine couche calcaire souligne le contenu avec léthargie. Plus proche du funeral doom et surtout de l'ambient que du pur black metal, Erhabenheit prend son temps, tout son temps. Il déroule une trame volontairement ultra répétitive et hypnotique qui risque de plonger dans le sommeil les plus téméraires d'entre vous. Ceci dit, les amateurs d'interminables développements somnanbuliques (dont je fais partie) trouveront certainement matière dans cette masse nébuleuse et envoûtante à s'abîmer dans des limbes contemplatives. Si les premières minutes sont uniquement gouvernées par les effluves synthétiques, une guitare grésillante surgit pas la suite, bien que celle-ci ne s'impose jamais dans ce paysage d'une froideur désolée. Les claviers, qui exsudent un mal-être absolu et totalement désenchanté y règnent en maître. Toujours. Du moins le croit-on car lors de la dernière partie, des riffs englués dans une chape de plomb viennent tisser leur toile tandis que les atmosphères s'élèvent dans la brume opaque. Puis la "batterie" donne même par moment l'impression de vouloir s'emballer, impression qui du reste ne se confirme jamais vraiment. Cet album est voyage introspectif immense à faire seul, dans l'obscurité de l'hiver. D'une chiantise absolue pour 99% de la population mais un plaisir coupable pour la minorité restante. (25/06/2009) ⍖⍖

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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

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Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...