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Himinbjorg - Chants d'hier, Chants de guerre, Chants de la Terre... (2010)


Cela faisait longtemps que nous n'avions plus eu de nouvelles de Himinbjorg, valeureux guerrier français du black metal d’inspiration pagan et viking. Depuis 2005 en fait et un Europa de bonne mémoire. De fait, on croyait que le groupe avait tout simplement disparu avec son dernier label, Adipocere. Pourtant, il n’a jamais réellement cessé d’exister. C’est donc  avec un vrai plaisir que l’on accueille en ce début d’année 2010, une sixième épopée que l’on n’espérait plus. Si, en cinq ans, il a changé de visage, puisque qu’il ne se réduit plus aujourd’hui qu’au seul Zahaah, secondé pour l’occasion par divers intervenants, Himinbjorg reste en revanche fidèle à une identité très personnelle qui repose sur un metal noir païen et granitique aux contours parfois sévères. Moins brutal que le furieux et excellent Golden Age, plus inspiré que son prédécesseur, Chants d’hier, chants de guerre, chants de la terre…, qui ne souffre absolument pas de son caractère « fait à la maison » (Zahaal a quasiment tout supervisé, de la musique à la prise de son tandis que le disque sort sur son propre label, European Tribes), se veut bien plus qu’une ode majestueuse à la gloire de temps anciens fantasmés, ce qu’il pourrait sembler être de prime abord. Certes les textes évoquent la nature, les peuples et le sang de ces derniers, mais en filigrane se dessine avant tout une réflexion sur l’Europe, ses valeurs, son histoire et sur un sentiment d’appartenance à celles-ci, autant de thèmes chers à Zahaal. 


Plus que politique (certains l‘interpréteront sans doute ainsi), cet album se présente comme un cri de révolte en même temps qu’un appel au respect des cultures et des traditions. Pour ce faire, Zahaal a opté pour une forme d’expression nuancée alliant puissance (« Convictions » et ses riffs alimentés au heavy metal, "Destin de sang"), beauté atmosphérique (le lent et superbe « Songe de l’elfe », "Contre vents et marées", "Lonely"), envolées acoustiques (« Grandes chevauchées », "Chant de la lune", rehaussé de quelques notes de flûte très belles) et rituels incantatoires (« Back », « Futhark », « Chant pour les ancêtres"). On est impressionné par le travail - notamment en terme de chants et d’ambiance - abattu par le musicien qui tient fermement la barre d’une trame d’une grande cohésion, ce qui faisait quelque défaut à Europa. On sent que chaque titre à sa raison d’être et une place bien définie, qui s’emboîte dans un tout, un ensemble plus vaste. Chants d’hier, chants de guerre, chants de la terre est une œuvre dont la sincérité ne saurait être remise en cause. Elle est plus une lettre d’amour à la terre qu’une déclaration de guerre. C’est-ce qui la rend si singulière. Et comme les atours qui lui servent d’écrin sont maîtrisés de bout en bout, on ne peut que se féliciter de son existence. Himinbjorg a réussi son retour et, ce faisant, a même gagné en personnalité, ce qui lui permet de se distinguer avec intelligence d’une scène pagan qui ne  signifie pas ( plus) toujours grand-chose. Maladroit parfois mais authentique toujours. (2010) ⍖⍖⍖

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