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Ars Diavoli - Pro Nihilo Esse (2008)


Le génie, c’est de créer un cliché, disait en substance Charles Baudelaire. Au regard de tous les misanthropes qui se réclament de l’œuvre de Burzum, on peut donc affirmer que Varg Vikernes est bien un génie. On ne compte plus en effet les escadrons qui se nourrissent de sa semence. Ainsi, portugais de sol, Ars Diavoli se veut par contre norvégien de cœur tant le sang noir du Count coule dans ses veines. Ce premier cri de haine envers le conformisme qui gangrène la société et la nature humaine plonge dans les méandres d’un Black sinistre et lancinant, forgé autour de longues complaintes morbides polluées par des guitares dissonantes et un chant écorché (forcément) inaudible qui surnage avec peine de ce maelström visqueux.


Il illustre surtout que cette musique échappera toujours aux critères d’appréciation auxquels on se réfère en temps normal pour juger un disque. Ici, ce n’est pas l’originalité ou la virtuosité technique qui priment, bien au contraire, mais plutôt la capacité que possède ou non l’artiste à exprimer sa souffrance, à ériger des paysages sonores suicidaires, à matérialiser une décrépitude absolue. Voilà ce que l’on attend de ce type de production, voilà ce que l’on recherche en bon masochiste lorsque on s’y abîme. C’est pourquoi Pro Nihilo Esse s’impose déjà comme une des meilleures offrandes dans ce créneau pourtant ô combien encombré. C’est là toute la magie du Black metal suicidaire : rien d’original à l’horizon, que du déjà entendu, du mille fois régurgité par d’autres avant lui (au hasard : Xasthur, Forgotten Tomb…) et pourtant ces longues agonies maladives vous prennent immédiatement aux tripes ; elles laisseront longtemps encore d’épais résidus dans votre mémoire. La majorité ne verra en elles que laideur, saleté et lenteur insupportable. Dans leurs entrailles ruissellent néanmoins une incontestable beauté obscure…pour qui saura la ressentir. Il y a un tel désespoir qui exsude de ces pistes hypnotiques qui avancent à la vitesse d’une limace ayant fait une indigestion de valium, un tel mal de vivre qu’on ne peut qu’être touché au plus profond de son âme par leur écoute de préférence nocturne et hivernale. Répétitifs à l’extrême, ces titres finissent tous par se confondre les uns avec les autres au point d’ériger un seul et unique Golgotha de souffrance. Vraiment, on ne peut sorti indemne d’une telle œuvre dont on se demande comment elle a pu être enfantée dans une contrée aussi ensoleillée que le Portugal. Quoique Moonspell et Ava Inferi par exemple illustraient déjà que ce pays peut être enténébré par une vraie noirceur crépusculaire en dépit de la lumière qui l’écrase. (07/06/2009 | MW) ⍖⍖⍖


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