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Isis - Wavering Radiant (2009)


Etonnant comme Cult Of Luna et Isis semblent suivre une trajectoire quasi identique. Tous les deux ont débuté dans une veine hardcore, dont il reste des oripeaux dans certaines lignes vocales comme dans l'attachement à un son épais, tous deux ont ensuite explosé auprès d'un public plus large avec un album plus accessible et plus atmosphérique (Salvation pour les Suédois, Panopticon pour les Américains) , tous les deux ont cherché ensuite à poursuivre dans cette voie ; tous les deux enfin déçoivent aujourd'hui malgré une (timide) tentative pour faire demi-tour vers un passé plus brut. Ceci dit, une observation plus poussée montre que dans le cas d'Isis, réduire son cinquième opus, Wavering Radiant à un simple retour en arrière n'est pas tout à fait exact. Certes, l'album s'ancre dans une dureté plus minérale que son prédécesseur et néanmoins convaincant In The Abscence Of Truth, comme l'illustrent certaines compositions telles que l'épidermique et aérien "Ghost Key", secoué par des instants rageurs. Mais, aussi paradoxale que cela puisse paraître, jamais les Américains n'ont été aussi progressifs, tant dans leur approche de la musique que dans la plastique qu'ils travaillent. Le titre d'ouverture, "Hall Of The Dead" est ainsi drapé dans un voile de claviers aux relents seventies et prog surprenant, ce qui n'est d'ailleurs pas forcément pour nous déplaire. Cet instrument, entre les mains de Bryant Clifford Meyer, fait plus que dessiner un simple contour, il souligne fortement la colonne vertébrale qui suivent les morceaux ("Stone To Wake A Serpent"...). On a finalement l'impression que le groupe cherche une position qui lui convienne, écartelé entre la fureur, l'agressivité des débuts et l'enveloppe plus évanescente de ses dernières recherches, celles qui lui ont valu le plus succès. 


De fait, Wavering Radiant, en dépit de ses qualité, se pose comme une œuvre un peu maladroite quand bien même elle reste fidèle à la signature de ses auteurs. L'habitué sera donc heureux de retrouver ces longs développements déchirés entre noirceur et grâce, lourdeur titanesque et capacité à décoller très haut vers la stratosphère ("Hand Of The Host" et sa dramaturgie reptilienne), chant clair et émotionnel et cris porteur d'une violence sourde, assuré avec par l'impeccable Aaron Turner. Seulement, cette fois-ci, la mayonnaise prend avec plus de difficulté ; il lui manque du liant, une certaine fluidité aussi ("20 Minutes/40 Years"). L'album est bon, fort de titres puissants, avec du relief et bien écrits (notamment le très long "Threshold Of Transformation" qui termine l'écoute avec un maillage d'une grande densité et synthétise avec brio l'identité des ses géniteurs) mais dépourvu de folie et de passion... Et au final, on ne retient rien ou bien peu de ce disque qui ne marquera certainement pas l'histoire du groupe, même si son accueil sera certainement positif chez ceux qui l'ont découvert avec Panopticon. Souhaitons malgré tout qu'Isis renoue la prochaine fois avec une forme d'inspiration à laquelle il nous avait habitué jusqu'à présent. Mais peut-être que la formation n'y est finalement pour rien. Peut-être que la raison de cette (relative) déception est plutôt à chercher du côté de l'essence même d' un courant musical - le post rock - dont on commence à être sevré... (2009) ⍖⍖


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Thumos - Symposium (2023)

Selon sa (bonne) habitude, Thumos ne reste jamais silencieux bien longtemps, venant frapper à notre porte tous les six mois environ, parfois moins comme l'illustre Symposium qui surgit à peine quatre mois après le EP Kallipolis . Nous pourrions évidemment craindre que cette insolente fertilité se solde par un assèchement de la créativité de ce groupe si particulier mais il n'en est pour l'instant rien. Nous pourrions craindre également que celui-ci finisse par se répéter, enfermé dans le cadre imposé par un post doom instrumental dont les limites semblent de prime abord évidentes. Là encore, Thumos réussit à chaque fois à éviter le piège de la redite, de la photocopie d'une signature au demeurant désormais clairement identifiée tant dans la forme (une partition engourdie par une pesanteur sévère) que dans le fond (la Grèce antique comme curieux combustible). Le mystère demeure toujours autour de ce groupe dont on n'est pas certain qu'il en soit véritablement un,...

Laudanum - The Coronation (2009)

Le laudanum est un médicament à base d'opium utilisé comme calmant et très en vogue au XIXème siècle. C'est aussi le nom d'un groupe dont la musique se veut plus proche de la corrosion des drogues que d'un somnifère. Aux confins du doom halluciné, du sludge tellurique, du drone et de la noise, les Américains sculptent au burin un univers très personnel, dérive psychopathe rongée par une lèpre vicieuse. Cinq ans après une première dose remarquée ( The Apotheker ), The Coronation a quelque chose d'un labyrinthe humide d'une noirceur abyssale. 100 fois plus evil que bien des hordes grimées à la truelle et exaltant les forces des ténèbres, Laudanum écrit des bandes-sons cauchemardesques qui ne filent jamais droit. Il y a véritablement quelque chose de pourri, de souillé dans ce magma brulant et maladif, preuve en est le déglingué "Invoke", reptation stridente aux riffs obsédants. Basé sur un canevas pour moitié instrumentale ("Procession" "...

Jerry Thorpe - All God's Children (1980)

Les bons sentiments font rarement les bons films. All God's Children le démontre encore une fois, téléfilm qui, à travers le sujet du busing (expérience visant à développer la mixité raciale dans les transports scolaires), ausculte les maux d'une petite communauté gangrené par le racisme ordinaire et en corollaire la ségrégation qui sévit encore au sein de la société américaine des années 70.  Un thème intéressant et courageux malheureusement traité platement par Jerry Thorpe, fils de Richard et pourtant auteur d'un Jour des Apaches (1968) de bonne mémoire. Sincères, les comédiens y croient mais paraissent impuissants à rendre ce drame captivant. Démocrate convaincu, Richard Widmark campe un juge rongé par les remords après que sa décision d'imposer la mixité scolaire notamment dans les transports, déclenchent des contestations violentes et in fine la mort d'un adolescent (noir) qui a volé un bus avec son copain (blanc). Il est évidemment impeccable, tout comme Ne...