Accéder au contenu principal

Candy Flesh - Psychotic Tales (2011)


Quatuor francilien fondé en 2008, Candy Flesh n'aime rien moins que jouer avec nos nerfs, qu'il s'agisse de l'attente - interminable - qu'il nous aura fallu supporter depuis une savoureuse mise en bouche (Rouge et sa vingtaine de minutes aussi intrigante que sensuelle) il y a trois ans ou bien de cette manière de faire souffler le chaud et le froid, de constamment perturber les courbes lascives de son rock sans frontières, à l'identité mouvante. Insaisissable, le groupe semble cultiver ce caractère qu'il conjugue à une ambivalence permanente. Le chant féminin schizophrénique, celui de Clara Legal Duarte, loin de la douceur sucrée souvent de mise chez les accortes donzelles, qui se marient à des riffs ultra heavy (sur "Killer In You" par exemple) ou ce mix étrange entre Grunge et Hard Rock seventies dans ce qu'il a de plus graisseux, participent notamment de cette dualité en même temps que d'une forme déglinguée qu'empoisonne un fiel licencieux. Barré, explosif mais passionnant tout du long, Psychotic Tales, qu'habille un délicieux visuel, avance caché, masquant sa véritable essence derrière des premières giclées - "Taste Like Honey" et "Funny Holy" - rassurantes car elles sont accrocheuses et renvoient à quelque chose de connu. 


Puis, à partir de "The Voice", le ton change, exsudant le sexe par tous les pores tandis qu'une folie rampante commence à s'insinuer, à glisser dans les fentes et les replis de compositions qui ne rassurent plus du tout et au contraire dérangent. Epicentre de ce galop d'essai, la trilogie "Jessica"/ "Alice "/"Baby Doll" esquisse un ensemble moite, sale dans sa façon d'être sexy, où éclate le talent de la jeune femme toujours à son avantage quelque part entre râles déjantés et hystéries trainantes, narratrice perverse d'histoires déjantées. Nonobstant le travail de ses trois partenaires, Clara s'impose clairement comme la confirmation sinon la découverte de Psychotic Tales qu'elle propulse dans des sables mouvants. Plus sombre et Heavy, la troisième partie de l'écoute aligne le rampant "Desire" ou le sudiste "Dead Born" qui évoquera un vieux ZZ Top, titres plus puissants mais toujours pollués par des ambiances malsaines ("Mistake", "L'aurore", que déchirent des griffes de six cordes corrosives) qui les rendent imperméables à une confortable catégorisation. N'offrant son intimité qu'après de fiévreux préliminaires, l'album trahit une liberté de ton et un boulot d'écriture et d'arrangement qu'expliquent le délai séparant ce premier essai longue durée de son brouillon qui parait presque (trop) sage en comparaison. Candy Flesh donne un bon coup de pied au cul d'une scène rock française dont l'appellation d'origine contrôlée sonne comme un gros mot, et ça, c'est plutôt une bonne nouvelle ! (09.09.2011 | MW) ⍖⍖

 

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - Au-delà (2010)

De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme. Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le f...

Doro - Doro (1990)

Si sur le papier, Force Majeure marque le point de départ de la carrière solo de la chanteuse, c’est bien ce disque éponyme - son second - qui incarne ses premiers pas hors de Warlock, son aîné n’ayant pu bénéficier d’une sortie sous la bannière du groupe que pour des raisons essentiellement juridiques. Désireuse ne plus être liée à une seule formation dont elle estime qu‘elle bride sa liberté, Doro décide donc désormais de voler de ses propres ailes, ce que confirme bien le nom de cet opus aux airs de nouveau départ. En outre, le succès aidant, elle fait le choix d’affirmer une "américanisation" de sa musique que Triumph and Agony et Force Majeure avaient déjà entamé. Fini les visuels typés heroic fantasy, la jolie teutonne s’affiche sur la pochette de Doro à la manière d’une chanteuse pop. Autre signe qui ne trompe pas : la présence de Gene Simmons (Kiss, mais est-il besoin de le préciser ?) en tant que producteur exécutif. L’avisé musicien et amateur de belles femmes col...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...