Accéder au contenu principal

Drudkh - Microcosmos (2009)


Nonobstant les qualités réelles de Season Of Mist, on se demande quand même ce que vient faire Drudkh chez l'écurie marseillaise ! Alors certes, une légende telle que Mayhem a rejoint depuis longtemps ce label mais les Ukrainiens se répètent dans un humus bien plus underground que celui des Norvégiens. Pour ceux qui ont découvert cette mystérieuse entité avec la gemme noire qu'est Forgotten Legends en 2003, cette promotion ne peut que laisser perplexe, après tant d'années passées chez Supernal Music, structure plus modeste qui lui convenait bien davantage et qui du reste accueille tous les projets de Roman Saenko, l'âme du "groupe", du regretté Hate Forest à Dark Ages sans oublier Blood Of Kingu. Car Drudkh fait partie de ces formations qui ne peuvent proliférer que dans l'obscurité : ni photos ni crédits dans  des livrets réduits au strict minimum, à des années-lumière donc des digipacks et autre coffret luxueux aujourd'hui de mise. Season Of Mist n'a rien compris. Heureusement, Drudkh n'a pas changé et Microcosmos porte sa signature, à savoir ce black metal atmosphérique et mélancolique dont le combustible réside dans le terreau païen national (iste ?). Encadrés par une intro et une outro folkloriques, quatre très longs périples en constituent le coeur.  Ceux-ci sont tout d'abord un peu décevants. Ils semblent manquer de puissance tandis que les ouvertures instrumentales qui les percent dans le plus pur style du groupe, donnent l'impression d'être maladroites presque téléphonées, plus collées au reste que véritablement intégrées.  On sent que Saenko cherche timidement à renouveler sa palette, comme en témoignent les dernières minutes de "Distant Cries Of Crane", très bon morceau au demeurant, mais cette tentative se solde par un résultat mitigé. 

Toutefois, cet album - le septième déjà, sans compter le EP Anti-Urban - ne dévoile en fait son âme que progressivement. Les écoutes aidant, on le trouve bientôt supérieur à son prédécesseur, Estrangement, quand bien même il s'aventure dans des méandres identiques.  Surtout, il est émaillé par deux chefs-d'oeuvre absolus qui justifient à eux seuls son acquisition. "Decadence", pour commencer, qui débute par une très longue introduction d'où ruisselle un désespoir inexorable, au point de croire qu'il s'agit d'une plainte instrumentale. Il n'en est pourtant rien et le chant finit par surgir à mi-parcours, ouvrant la porte sur des étendues épiques et sauvages comme les Ukrainiens les affectionnent. "Everything Unsaid Before" ensuite lequel, s'enracine dans un socle tortueux. Après un début pied au plancher chargé de fulgurances, le titre marque une pause brutale, empreinte d'un désenchantement profond qu'égrènent des guitares engluées dans la tristesse, colonne vertébrale le long de laquelle la trame se délie jusqu'à un final beau à en pleurer. Encore un très grand album en définitive de la part d'un groupe dont on a malgré tout l'impression qu'il ne parviendra jamais totalement à renouer avec la triste beauté et les sombres atmosphères de Forgotten Legends, oeuvre qui se drapait dans une aura tout autre que Estrangement ou Microcosmos. Drudkh donne l'impression de rester prisonnier d'une recette même si l'on sent par instant une volonté réelle de s'en extraire. Ceci dit, il sait encore nous toucher. Mais pour combien de temps ? (2009) ⍖⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...