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Saros - Acrid Plains (2009)


Etonnant. Oui étonnant cette façon dont le metal extrême s'abreuve aujourd'hui de plus en plus à la source d'un rock progressif qu'on ne cesse de (re)découvrir. Alors que cette chapelle semble à première vue très éloignée du dogme progressif (maillage instrumental chiadé, virtuosité...), le black metal notamment y puise un combustible qui finalement se mélange avec réussite à son essence. Le pont entre les deux n'est pas nouveau (le In Harmonia Universali de Solefald en 2003 par exemple) mais les exemples tendent à se multiplier comme les pains. Saros en est une bonne illustration. Que ce groupe ai son QG en Californie, à San Francisco pour être plus précis ne surprend pas. La ville est le théâtre d'une scène des plus active dont le point de convergence pourrait être Amber Asylum, entité guidée par Kris Force mais au line-up mouvant où se sont croisés des membres de The Gault, Weakling, Hammer Of Misfortune, Ludicra, Wolves In The Throne Room ou Saros justement. Soit des musiciens pour qui le rock progressif n'est pas un gros mot. Saros donc, se présente avant tout comme le véhicule de Leila Abdul-Rauf, guitariste et chanteuse qui n'hésite pas à utiliser sa voix dans un registre caverneux tranchant. La grande force de ce groupe réside à la fois dans ce chant à double visage ("As The Tyrant Falls Ill") et dans un sens du riff éblouissant. 


Ancrée dans un socle massif du à la production épaisse du maître Billy Anderson, chaque compos est irriguée par des lignes de guitares, lourdes et stratosphériques à la fois ("Coriolis"), proche parfois du post-rock, qui bouffent l'espace sonore, se déploient et semblent chevaucher de vastes plaines. Chaque accord libère des vibrations intenses et vertigineuses. Tout en progression, les sept titres formant Acrid Plains, premier album d'un groupe où l'on retrouve également l'ancien batteur de Weakling (une référence pour beaucoup dont la qualité est inversement proportionnelle à la faible renommée), étirent un canevas où passages atmosphériques copulent avec montées en puissance fiévreuses et accélérations infernales. Au progressif, ils empruntent l'architecture alambiquée, un format long (parfois plus de dix minutes) tandis que l'entame du fabuleux "Acrid Plains" évoque avec jouissance le spectre du Pink Floyd de l'âge d'or. Le temps d'une respiration squelettique qui coupe l'album en deux - "As The Tyrant Falls Ill (reprise)" - et où résonnent les cordes chargées d'une gravité sourde de Kris Force, Saros reprend son souffle avant de se lancer de nouveau dans la conquête d'étendues arides et sauvages, à l'image d'un "Devouring Conscience" au final dantesque, de "Reversion", qui mêle ondes black metal et caresses aériennes ce que soulignent  des guitares qui s'élèvent très haut et surtout du terminal et démentiel "The Sky Will End Soon", périple long et épique de plus de 12 minutes. Sans doute pas du vrai black metal pour les puristes mais un grand disque tout de même, d'une beauté âcre et saisissante et dont les résidus restent longtemps accrochés à la mémoire. (2009) ⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...