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Battle Dagorath - Eternal Throne (2008)


Comme dit l'adage célèbre, l'habit ne fait pas le moine ! Ainsi, Battle Dagorath n'est pas tout à fait ce que le visuel de son premier galop d'essai laisse tout d'abord suggérer. En effet, avec sa montagne enneigée, Eternal Throne semble tout droit venir de Scandinavie. De même, en chargeant le cd dans la chaîne hifi, on s'attend à un art des ténèbres épique et majestueux. Tout faux. Déjà, le trio est basé en Californie (?), territoire dont on a du mal à imaginer qu'il puisse être le théâtre d'une scène black metal fertile ; de Xasthur à Saros en passant par Leviathan, c'est pourtant le cas . Ensuite, bien qu'elle se déploie sous la forme de pulsations souvent d'une longueur conséquente ("In The Forest Of Frozen Darkness" dépasse même le seuil des 10 minutes), la musique des Américains se veut plus atmosphérique que véritablement épique. Mais attention, atmosphérique ne veut pas dire mou du zizi, bien au contraire car Battle Dagorath déverse avec largesse sa haine et sa colère. On parle davantage là d'ambiances, d'évocations. D'incantations presque. Cependant, la présence de Christoph Ziegler, l'âme du grand Vintteriket, responsable du mastering ainsi que d'une intro et d'une outro hivernales, ne doit pas vous tromper : Eternal Throne ne braconne pas (toujours) sur les terres de la dark ambient quand bien même cet album est écartelé par de nombreuses touches de ce type, tandis que les textes versent effectivement dans un concept cosmique et ésotérique. 

Musicalement, les Californiens erigent un black metal dépressif, rapide et brutal parfois ("The Dark Fire, The White Gate" notamment), sombre et intense toujours. Les guitares, grésillantes et très norvégiennes dans leur accordage, constituent les arcs-boutants d'un édifice ténébreux. Obsédantes, voire carrément hypnotiques, elles guident le pèlerin dans des arcanes qui serpentent dans un monde étrange et inquiétant, sur lequel souffle des cris écorchés. Mais le groupe n'est jamais aussi convaincant que lorsqu'il se plait à laisser parler les ambiances plutôt que la poudre, comme il le fait dans la seconde partie du parcours, à l'image de "The Marching Shadows Of Eternal Death", balayé en son final par un zéphyr envoûtant et plus encore quand il ralentit le tempo, lorgnant alors vers le Burzum de l'âge d'or, comme en témoigne certains passages de "Under The Warlord Spell" qui découpent des instants mortifères dans une trame implacable. Et que dire du gigantesque "Carn Dûm", instrumental ambient dont les effluves électroniques suintent une décrépitude infinie ? Que c'est bien dans cette voie que Battle Dagorath devrait à l'avenir creuser davantage plutôt que dans celle d'un metal noir rapide et finalement banal. Le funéraire "In The Forest Of Frozen Darkness" le confirme avec brio. Après une longue intro vrillée par un rythme lancinant qui pose un décor crépusculaire dont on sait qu'il précède l'explosion à venir,  le chant enragé surgit et la complainte démarre et étire ses tentacules oppressantes. Par la suite, le tempo se ralentit, piloté par des riffs dissonants, pinceaux qui s'abreuvent dans une substance d'un noir désespoir. Superbe. Eternal Throne est en définitive un premier album intéressant, qui ouvre des pistes et Battle Dagorath, une entité à suivre de près si elle parvient à marier avec plus de réussite encore un black metal rapide avec une musique ambient qui lui sied plutôt bien... (2009 | LHN) ⍖⍖

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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...