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Maurice Gleize - Le récif de corail (1939)


Aussi surprenant que cela puisse paraître, eu égard à son affiche qui réunit, excusez du peu, Jean Gabin et Michèle Morgan, Le récif de corail a longtemps été considéré comme un film perdu. Ce n'est qu'en 2002 qu'une copie a finalement été retrouvée à Belgrade (!). Restaurée, l'œuvre a ensuite bénéficié d'une édition en DVD deux ans plus tard. Sans être indispensable, il aurait été regrettable qu'elle ne soit pas (re)découverte, ne serait-ce déjà pour le couple mythologique de Quai des brumes reformé avant de l'être de nouveau à l'occasion de Remorques (1941) de Jean Grémillon. Des trois, Le récit de corail est le moins marquant et gageons que sans Gabin et Morgan, il n'en resterait pas grand chose. Le film n'en est pas moins aussi curieux qu'intéressant. Il s'inscrit évidemment dans ce corpus cinématographique qui a façonné le mythe Gabin des débuts, gueule d'ange triste qui erre dans un univers populeux et romantique dans le but d'échapper à la fatalité. 


Dans des antipodes de studio où tout le monde parle français (?) et les flics ont l'air de miliciens (formidable Pierre Renoir), il campe un de ces héros qui lui collent alors à la peau, mélancolique et traqué pour un meurtre dont on ignorera les raisons. Maladroit, le scénario découpe le récit en deux parties. A une première moitié illustrant la traversée en bateau et la découverte d'un refuge paradisiaque succède une seconde, plus réussie car centrée autour du couple vedette dont la complicité savoureuse crève l'écran. Elle, les yeux bleus comme un lac d'azur, lui, qui n'a peut-être jamais été aussi beau, incarnent des amants tragiques fuyant le passé en quête d'un bonheur simple. Semblant porter toute la tristesse dans son regard fatigué, Gabin revit au contact d'une Michèle Morgan pourtant moins glamour que dans Quai des brumes. Etonnamment, un happy-end improbable conclut ce film, l'empêchant in fine de s'élever au-dessus d'une romance dramatique. Mais il y a Gabin et Morgan, même en mode mineur et cette poésie exotique qui n'appartient qu'au cinéma français d'alors... (20.03.2023) ⍖⍖


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Clint Eastwood - American Sniper (2014)

Combien de metteur en scène peuvent se vanter de connaître le plus gros succès de leur carrière à 84 ans ? Aucun, si ce n'est bien entendu l'inusable Clint Eastwood dont American Sniper restera le plus grand triomphe au box office. Il est aussi le le film américain à avoir engrangé le plus de millions de dollars en 2014, ce qui n'est pas si surprenant eu égard à son sujet qui parle au coeur des Américains. Si l'homme a pu susciter des controverses, notamment de part ses prises de position assez peu politiquement correctes, son cinéma se veut généralement plus consensuel, à l'exception de Dirty Harry. Mais une fois n'est pas coutume donc, American Sniper déclenche la polémique par son patriotisme supposé. En réalité, et comme souvent chez Eastwood, ce portrait sans fard de Chris Kyle se révèle bien plus ambigu qu'il n'y parait.  Loin d'une production cocardière, il s'agit moins d'un produit de propagande qu'une dénonciation des ravages d...

Paradise Lost - Medusa (2017)

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Clint Eastwood - Jersey Boys (2014)

Clint Eastwood poursuit sa carrière hors des modes et du temps. Alors âgé de 84 ans (!), l'année 2014 le voit offrir deux films, Jersey Boys et American Sniper , deux biopics aussi différents que réussis qui illustrent si besoin en était encore, la large palette de son inspiration et surtout sa verve cinématographique quand tant d'autres réalisateurs ont été mis à la retraite depuis longtemps. Après les funèbres Lettres d'Iwo Jima et ou Au-delà et les pesants Invictus ou J.Edgar , cette adaptation d'une comédie musicale, retraçant la carrière d'un groupe de rock fameux aux Etats-Unis, les Four Seasons, semble presque être l'oeuvre d'un jeune metteur en scène. Classique dans le fond, sa forme swingue, emportée par un tempo enlevé cependant que les comédiens n'hésitent pas à s'adresser directement à la caméra. Après Une nouvelle chance , sur un mode mineur néanmoins, quel plaisir de voir Eastwood revenir à un cinéma simple, s'appuyant sur des...