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Sarkasm - Les affres du néant (2021)


Sarkasm est un trio breton qui enfante avec Les affres du néant, son premier méfait, mais son origine géographique ne doit pas vous égarer du côté d'une musique sautillante et folklorique. Il en est même très loin. Fort heureusement. Au contraire, le groupe honore la mémoire du pur black metal des années 90, raclant de sa verge mortifère aussi bien le terreau national que scandinave.  Aux commandes figurent donc trois musiciens dont Antoine Ruins dont les activités en temps que patron du label Alchemic Sound Museum et son projet Dedale(s) l'attirent davantage dans les méandres de partitions industrielles et dark ambient. Mais comme il n'est pas rare de surprendre l'art noir en train rôder autour de ces terres voisines, voir le bonhomme poser sa voix pleine d'aspérités racleuses sur une offrande de metal noir dans la grande et sinistre tradition du genre, se justifie pleinement et ce, d'autant plus que l'outro et de parcimonieuses notes d'orgue tendent une sinistre passerelle vers les musiques sombres et électroniques. S'il y fait montre d'une louable maîtrise des vocalises écorchées, son appétence pour les atours torturés trouve dans cet acte de naissance large matière à ruminer sa noirceur glaciale. Il coule des textes puant la mort, le dégoût et une sale mélancolie dans le baquet infâme sculpté par le batteur Count Bartok, auteur de ces compositions à la fois abruptes et sinueuses. De son côté, Hannibal (guitares et basse), cisaillent des riffs aux allures de scalpel labourant la chair. 

De vaques mélodies n'en sont pas absentes mais tout du long exsudent la charogne et une espèce de folie lépreuse, suint maladif et haineux qui poisse ces saillies orthodoxes et singulières tout ensemble, témoin 'La mort est si obscène', lequel coud des griffures de guitares typiques du genre à des aplats franchement torturés. Ainsi, le menu de ces Affres du néant est mité par de nombreux détails qui en perturbent la lecture que nous serions tout d'abord tentés d'en faire. Gorgé d'une sève malsaine et pourrissante, 'Les foules marchent' résume assez bien la démarche des Rennais qui enkystent à un socle torrentueux chant aux multiples tessitures et sonorités liturgiques. Le morceau qui donne son titre à l'opus se veut tout aussi dérangeant, accouplant orgue, riffs froids comme la roche en hiver et coups de boutoir presque thrash. Et nous pourrions poursuivre cette litanie tant chaque compartiment de cet album s'abîme dans de vicieux sables mouvants.  Grignoté par une croûte authentiquement souillée, Les affres du néant héberge un black metal en vérité très personnel, traditionnel sans l'être trop, noueux sans être chaotique, en même temps presque austère sinon aride et ne sacrifiant donc à aucune mode, qu'elle soit misérabiliste ou épique et rocailleuse. En cela, Sarkasm renoue avec l'esprit originel qui guidait les Grands Anciens. (14.07.2021 | LHN) ⍖⍖

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