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Longing For Dawn - Between Elation And Despair (2009)


Au sein de la chapelle du funeral doom, Longing For Dawn tient une place résolument à part. Peut-être que son origine géographique - le Québec - peut en partie expliquer cette singularité. Mais pas seulement. C'est surtout dans le coeur même de sa musique que réside cette différence. Bien entendu, le groupe respecte à la lettre les invariants inhérents au genre : longues complaintes qui s'étirent lentement, voix caverneuse et sentencieuse, ambiances suicidaires. Toutefois, il les assemble d'une manière qui n'appartient qu'à lui. Cette fluidité, cette façon dont la trame se délie ne se croisent quasiment que chez les Canadiens qui forgent avec Between Elation And Despair, leur troisième échappée.


Par rapport à sa devancière, A Treacherous Ascension, lente excursion vers un ciel brumeux, cette nouvelle offrande franchit encore une étape vers l'Absolu. En quatre pans écrasants et atmosphériques à la fois qui oscillent entre 10 et 16 minutes, Longing For Dawn dessine un paysage inaccessible et vaporeux qu'un linceul ténébreux drapent de son voile opaque. D'un monolithisme définitif, ces plaintes sont à l'image du visuel qui leur sert d'écrin. Lointaines et mystérieuses, elles sont traversés par un souffle qui semble provenir d'une croûte nuageuse ouverte sur l'infini, un infini d'une noirceur insondable. Entre exaltation et désespoir, ces titres déroulent un tapis tout à la fois aérien et porteur d'une souffrance douloureuse. La marche vers l'au-delà est entamée avec l'agonisant "Our Symbolic Burial", lancinante ascension où le chant résonne tel un écho terrifiant. Lui succède "A Sunrise At Your Feet" qui tisse une toile vertigineuse dont chaque fil est une note de tristesse sans fin. Chaque piste forme une marche désespérée vers les profondeurs d'une désolation terminale, se fondent les unes dans les autres, comme l'illustre l'enchaînement superbe qui relie "Reflective" et la plongée abyssale sans espoir de retour que constitue "The Piscean Dawn", qui vous engourdit peu à peu jusqu'à ses ultimes mesures. Chacune d'entre elle a quelque chose d'un bloc recouvert d'une brume et dont on peine à distinguer toutes les arêtes. Les instruments y fusionnent en un tout nébuleux aux confins de l'étrange. Les lignes vocales sont un râle fantomatique, les guitares, des pinceaux servant à peindre un panorama figé dans une mélancolie grise. Quatre parties d'un ensemble d'une sombre poésie qui se ressent, s'écoute plus qu'il ne se décrit avec des mots qui de toute façon ne parviendront jamais à en restituer toute la beauté. Avec Between Elation And Despair, Longing For Dawn parvient à décoller vers des sphères lointaines parfois plus proches de l'ambient que du doom et ce faisant, grave une ode déchirante d'une pureté admirable dans laquelle il convient de s'abîmer dans l'obscurité d'une nuit d'hiver lorsque le givre étend sa gangue sur les fenêtres ouvertes sur l'opacité nocturne. Sans doute l'oeuvre la plus aboutie du groupe quand bien même celui-ci peine à toutefois renouveler un style établi dès le premier essai, One Lonely Path il y a quatre ans. (2009) ⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...