Accéder au contenu principal

Monarque - Ad Nauseam (2009)


Si vous vous attendez à une chronique de son (presque) homonyme français, le très surfait Monarch, vous pouvez passer votre chemin et vous en retourner à la lecture de votre Noise pour bobo parisien. Monarque donc, véritable héraut du black metal québécois, porte-étendard avec ses autres compagnons du label Sepulchral Productions de la cause nationaliste de cette enclave francophone en Amérique du Nord. Un nom qui sied admirablement à une musique noble et aristocratique et qui est aussi celui de l'homme qui en constitue sa voix et son âme. Présenté comme son second méfait après Fier hérétique, Ad Nauseam n'est en fait que le réenregistrement de la première démo du groupe parue en 2005 et limitée à uniquement 100 copies. C'est dire que lui offrir une seconde vie en même temps qu'une nouvelle peau, s'imposait. Au tracklisting d'origine (cinq poèmes écrits à l'encre de la haine et du désespoir) ont été agglomérés quelques titres de la même époque mais laissés alors de côté ("Je ne suis pas", "Non-rédemption"...) ainsi qu'une pièce composée récemment ("L'abysse aux charognes"). Pour beaucoup, l'essence ce Monarque ne s'est jamais exprimée avec autant d'âpreté que lors de cette séminale offrande.


Baignant dans une ambiance profondément mélancolique, Ad Nauseam est un cri, un appel à la résistance. Il trouve son inspiration aussi bien dans la littérature du XIXe siècle que dans l'histoire nationale. L'emploi de la langue française participe en outre de la volonté identitaire et patriotique de Monarque, l'entité et l'homme. Le black metal que forge les Québécois se veut à l'image des textes d'une sinistre poésie dont il est l'écrin sonore : intense, cru et malsain. Ces odes insurrectionnelles vrillent d'ondes négatives ; elles taillent des lambeaux d'un art noir misanthropique, souvent rapide ("Non-rédemption") mais qui sait aussi entamer des décélérations effrayantes ("L'abysse aux charognes", "Un essaim de corbeaux"), étalant alors ses ailes sombres et menaçantes tandis que le groupe atteint des sommets de désespoir lorsqu'il privilégie la lancinance du relief, comme avec "Vallée des larmes". Soulignées par des riffs rêches et sans affètrie, les paroles sont vomies avec une sincère conviction par un chanteur qui forme l'arc-boutant sur lequel sont érigées ces barricades fielleuses. Une oeuvre contre le conformisme ambiant symbole d'une musique qui ne devrait jamais rentrer dans le rang. Le black metal doit demeurer un art de la révolte. Monarque l'a bien compris de même que toute cette scène québécoise que l'on découvre peu à peu et qui regorge d'hommages patriotiques et de pamphlets identitaires admirables. Forteresse, Utlagr, Sui Caedere sont quelque uns de ces résistants sur lesquels je ne peux que vous inviter à vous pencher. Les gauchistes bien-pensants vont s'étouffer. Une bonne chose... (31/05/2009) ⍖⍖⍖


Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Thumos - Symposium (2023)

Selon sa (bonne) habitude, Thumos ne reste jamais silencieux bien longtemps, venant frapper à notre porte tous les six mois environ, parfois moins comme l'illustre Symposium qui surgit à peine quatre mois après le EP Kallipolis . Nous pourrions évidemment craindre que cette insolente fertilité se solde par un assèchement de la créativité de ce groupe si particulier mais il n'en est pour l'instant rien. Nous pourrions craindre également que celui-ci finisse par se répéter, enfermé dans le cadre imposé par un post doom instrumental dont les limites semblent de prime abord évidentes. Là encore, Thumos réussit à chaque fois à éviter le piège de la redite, de la photocopie d'une signature au demeurant désormais clairement identifiée tant dans la forme (une partition engourdie par une pesanteur sévère) que dans le fond (la Grèce antique comme curieux combustible). Le mystère demeure toujours autour de ce groupe dont on n'est pas certain qu'il en soit véritablement un,...

Laudanum - The Coronation (2009)

Le laudanum est un médicament à base d'opium utilisé comme calmant et très en vogue au XIXème siècle. C'est aussi le nom d'un groupe dont la musique se veut plus proche de la corrosion des drogues que d'un somnifère. Aux confins du doom halluciné, du sludge tellurique, du drone et de la noise, les Américains sculptent au burin un univers très personnel, dérive psychopathe rongée par une lèpre vicieuse. Cinq ans après une première dose remarquée ( The Apotheker ), The Coronation a quelque chose d'un labyrinthe humide d'une noirceur abyssale. 100 fois plus evil que bien des hordes grimées à la truelle et exaltant les forces des ténèbres, Laudanum écrit des bandes-sons cauchemardesques qui ne filent jamais droit. Il y a véritablement quelque chose de pourri, de souillé dans ce magma brulant et maladif, preuve en est le déglingué "Invoke", reptation stridente aux riffs obsédants. Basé sur un canevas pour moitié instrumentale ("Procession" "...

Jerry Thorpe - All God's Children (1980)

Les bons sentiments font rarement les bons films. All God's Children le démontre encore une fois, téléfilm qui, à travers le sujet du busing (expérience visant à développer la mixité raciale dans les transports scolaires), ausculte les maux d'une petite communauté gangrené par le racisme ordinaire et en corollaire la ségrégation qui sévit encore au sein de la société américaine des années 70.  Un thème intéressant et courageux malheureusement traité platement par Jerry Thorpe, fils de Richard et pourtant auteur d'un Jour des Apaches (1968) de bonne mémoire. Sincères, les comédiens y croient mais paraissent impuissants à rendre ce drame captivant. Démocrate convaincu, Richard Widmark campe un juge rongé par les remords après que sa décision d'imposer la mixité scolaire notamment dans les transports, déclenchent des contestations violentes et in fine la mort d'un adolescent (noir) qui a volé un bus avec son copain (blanc). Il est évidemment impeccable, tout comme Ne...