Accéder au contenu principal

Heaven & Hell - The Devil You Know (2009)


Les temps changent. Si en 1992, le retour de Ronnie James Dio dans le giron sabbathien n'avait pas excité grand monde, ne permettant pas au dinosaure anglais de stopper sa chute de popularité, seulement de la ralentir un moment, il en va tout autrement aujourd'hui. Il faut dire aussi qu'à l'époque cela faisait déjà bien longtemps que le groupe n'était plus en odeur de sainteté tandis que le nain venait d'aligner deux albums peu convaincants (Sacred Heart et Lock Up The Wolves). Désormais Black Sabbath est (re)devenu une entité respectée par tous et chaque opus de Tony Iommi en solo est particulièrement bien accueilli. De fait, tout le monde attend (espère) enfin que l'institution se fende d'une nouvelle pierre à son honorable édifice. Ozzy n'a pas l'air pressé d'y participer. Tant pis pour lui (ou tant mieux plutôt) et comme la carrière de Dio est en panne sèche (il a bien tenté de relancer Rainbow mais Ritchie Blackmore s'en moque), quelle meilleure idée alors que de reformer le line-up du début des années 80 ? Dont acte. Pour d'obscures raisons (un caca nerveux du père Osbourne ?), Iommi, Dio, Butler et Appice décident de se réunir sous un autre nom, celui de Heaven & Hell, référence évidente au chef d'oeuvre de 1980. Une tournée pour commencer, immortalisée par un live de qualité, trois titres inédits ensuite pour donner un crédit supplémentaire à l'entreprise et aujourd'hui ce premier album de Black Sabbath depuis Forbidden en 1995. 


Bénéficiant d'un son à arracher la tapisserie, The Devil You Know est un peu à la croisée de Dehumanizer, le disque qui scella le premier retour (éphémère donc) de Ronnie dans la formation et des deux essais que le guitariste a gravés avec Glenn Hughes au chant. En plus lourd, beaucoup plus lourd. La six-cordes tellurique du gaucher est la colonne vertébrale de chansons ultra heavy dont la rythmique écrase tout sur son passage. Iommi et Butler érige un blockhaus imprenable, aidé en cela par la frappe pesante de Vinnie Appice. Cet album présente dix titres conformes à ce que l'addition de ces talents est censée offrir. Comment de tels musiciens pourraient-ils enfanter d'une oeuvre médiocre ? Ils ont bien trop de métier pour cela. Et surtout, ils possèdent le petit plus qui leur permet de se transcender tout en délivrant ce que les fans attendent.  Cette qualité leur évite de sombrer dans le réchauffée sinon la facilité, à l'image de bien trop de vieilles gloires sur le retour qui ne se contentent bien souvent que d'une resucée de leur passé. Chaque morceau est un bijou d'écriture magnifié par la voix intacte du grand Dio (Ozzy, Ian Gillan, vous entendez ?), plus puissante que jamais. De l'introductif et magistral "Atom & Evil", qui met tout le monde d'accord en quelques minutes avec sa profondeur rythmique et son refrain qui s'accroche à la mémoire comme les impôts aux contribuables, jusqu'au terminal et quasi doom "Breaking Into Heaven", enténébré par le jeu du moustachu, du rampant "Fear" au malsain "Follow The Tears, qui s'ouvrent sur une atmosphère gothique envoûtante sans oublier la montée en puissance "Bible Black", le premier single extrait de ce menu très sombre ou bien encore "Rock & Roll Angel" qui permet à Tony Iommi de se fendre d'un solo beau à vous foutre des frissons (absolument) partout.  Rien à jeter donc. Tout est là : les compos, le talent, la personnalité. La classe. Manque juste un peu plus d'émotion. Ce (très léger) bémol n'empêche nullement The Devil You Know de s'imposer comme le meilleur album que Black Sabbath (Heaven & Hell) ait livré  depuis très (très) longtemps. Meilleur dans tous les cas que ne le fut Dehumanizer. (2009) ⍖⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...