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Vacuum Tehiru / Sekth - Qliphotic Devotion (2021)


Glissé dans un digisleeve épuré, Qliphotic Devotion accouple deux groupes de black metal de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Vacuum Tehiru et Sekth. Deux noms qui ne vous évoqueront peut-être pas grand chose encore que le premier des deux ait déjà trois offrandes à son actif usinées à la vitesse d'un lapin en rut. Pour autant, ce split mérite amplement qu'on s'arrête sur son contenu. Et ce, pour plusieurs raisons. Parce que Vacuum Tehiru, malgré une renommée encore confidentielle, est mené par Ludovic Tournier, ancien membre de Himinbjorg, entité légendaire de la chapelle noire hexagonale. Qu'il soit pour l'occasion flanqué de Sophian Farah, cogneur bien connu dans notre région pour son implication au sein de Caïnan Dawn, Kloct ou South Of Hell, n'est en outre pas étranger à la curiosité que ne manquera pas de susciter la défloration de cette rondelle. Parce que, toujours du côté des présentations, Sekth fait partie de ces  obscures formations comme on aime les tamiser dans les recoins de l'underground le plus noble. Parce que les deux protagonistes se moquent des modes, attachés chacun à leur manière à une orthodoxie tant formelle (prise de son décharnée, exécution à l'avenant) que conceptuelle. Parce que la durée de leur contribution respective, en s'étirant entre treize et plus de vingt minutes au compteur, augure d'un foisonnement, d'une richesse d'écriture qui là encore aiguisent l'appétit. Voilà. 

Qliphotic Devotion livre donc deux (très) longues compositions. La première est l'oeuvre de Vacuum Tehiru. C'est aussi la plus dilatée. Annonciatrice d'un futur quatrième album baptisé Lamia, elle trace un sillon sinueux aux multiples strates, tout d'abord nourrie au heavy metal, plus rampante ensuite quoique toujours propulsée par un torrent de ténèbres. La frappe de Sophian fore des profondeurs lovecraftiennes tandis que le chant de Ludovic exsude une âpreté à la fois fielleuse et abyssale. Ces quasi vingt-deux minutes pourraient s'éterniser pourtant jamais elles ne perdent en intensité. Compartimenté en plusieurs mouvements qui s'emboîtent parfaitement les uns aux autres, 'Qliphotic' galope le long d'une crête meurtrie évocatrice de paysages intérieurs tourmentés, constamment relancé par des musiciens à l'unisson d'un black metal plus labyrinthique qu'épique en un périple teigneux embué d'un blizzard hanté. (Un peu) plus ramassé, 'Devotion' serpente dans les caveaux d'un black metal froid comme la pierre en hiver, ankylosé par une dureté sévère. Le chant en français pigmente cette plainte tortueuse d'une hargne perfide à laquelle participe un tempo aussi vicieux que vicié. Sekth nous convie à un rituel nocturne et charnel lui aussi bâti sur un lacis d'atmosphères lourdes et funestes qui, on l'espère, en appellera d'autres tant il dévoile le potentiel certain d'un groupe qu'une seule et maigre démo avait jusqu'alors esquissé. Collaboration plus que simple split, Qliphotic Devotion permet en définitive de (re)découvrir deux solides artisans de l'art noir national soucieux de conserver du genre une approche spirituellement pure, old school mais néanmoins aventureuse. (01.02.2022 | LHN) ⍖⍖

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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...