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Grey November - D'automne (2008)


Sculpter avec des notes des sentiments tels que la tristesse, la mélancolie ou la langueur n'est pas chose si aisée. Nombre de médiocres gothico-suicidaires grimés comme des corbeaux et se prenant pour les nouveaux Baudelaire croient y parvenir alors qu'ils ne font que pleurer leur misère. Le doom romantique et funéraire réclame autrement plus de noblesse et d'âme. Certains pourtant y parviennent : Shape Of Despair, Remembrance ou bien, à sa plus modeste mesure, Grey November. D'automne est la troisième oeuvre autoproduites de ce projet formé par l'écrivain Cedric Seyssiecq, accompagné ici par la chanteuse Justine et qui porte bien son nom. Automnale, d'une tristesse plombée, la musique du tandem évoque ces longues marches funèbres figées par une pluie grise. Plus proche sans doute de la stèle funéraire d'un Dark Sanctuary, en plus metal toutefois, que du pur doom, ces plaintes étirent un linceul qui repose sur des couches de claviers mortuaires sur lesquelles planent des caresses vocales féminines, chantées en français. Parfois une guitare sentencieuse surgit de la brume, attirant ces mélopées dans des contrées plus noires encore. 

D'automne est un recueil poétique évoquant les romantiques allemands du XIXe siècle. Ses cinq (forcément) longs chapitres ont quelque chose de déambulations contemplatives propices à l'introspection et à la rêverie morbide. En les écoutant, on voit sa vie morne défiler en noir et blanc, une vie faite de fautes, de regrets, de rendez-vous manqués... Le chant d'une triste beauté de Justine est le véhicule spectral de cette existence de chagrins. Ce n'est certes pas très orignal et les mauvaises langues argueront que Lethian Dreams a déjà fait aussi bien, voire mieux, autrefois et que Grey November dérive par moment sur la frontière ténue séparant pleurnicherie et gravité. Possible. Mais le duo maîtrise son sujet à la perfection et D'automne s'impose comme son meilleur essai à ce jour. Surtout, il réussit, mieux que d'autres, plus réputés parfois, à ouvrir les vannes d'une mélancolie minérale avec une justesse de ton et de touches tout à fait remarquables. La grande force de Grey November réside ainsi dans cette faculté qui se conjugue à une sincérité certaine. Je ne peux donc que vous recommander cette offrande qui mériterait d'être soutenue par un label. Espérons que les Français en intéresseront un très bientôt...  (2009) ⍖⍖⍖




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Thumos - Symposium (2023)

Selon sa (bonne) habitude, Thumos ne reste jamais silencieux bien longtemps, venant frapper à notre porte tous les six mois environ, parfois moins comme l'illustre Symposium qui surgit à peine quatre mois après le EP Kallipolis . Nous pourrions évidemment craindre que cette insolente fertilité se solde par un assèchement de la créativité de ce groupe si particulier mais il n'en est pour l'instant rien. Nous pourrions craindre également que celui-ci finisse par se répéter, enfermé dans le cadre imposé par un post doom instrumental dont les limites semblent de prime abord évidentes. Là encore, Thumos réussit à chaque fois à éviter le piège de la redite, de la photocopie d'une signature au demeurant désormais clairement identifiée tant dans la forme (une partition engourdie par une pesanteur sévère) que dans le fond (la Grèce antique comme curieux combustible). Le mystère demeure toujours autour de ce groupe dont on n'est pas certain qu'il en soit véritablement un,...

Laudanum - The Coronation (2009)

Le laudanum est un médicament à base d'opium utilisé comme calmant et très en vogue au XIXème siècle. C'est aussi le nom d'un groupe dont la musique se veut plus proche de la corrosion des drogues que d'un somnifère. Aux confins du doom halluciné, du sludge tellurique, du drone et de la noise, les Américains sculptent au burin un univers très personnel, dérive psychopathe rongée par une lèpre vicieuse. Cinq ans après une première dose remarquée ( The Apotheker ), The Coronation a quelque chose d'un labyrinthe humide d'une noirceur abyssale. 100 fois plus evil que bien des hordes grimées à la truelle et exaltant les forces des ténèbres, Laudanum écrit des bandes-sons cauchemardesques qui ne filent jamais droit. Il y a véritablement quelque chose de pourri, de souillé dans ce magma brulant et maladif, preuve en est le déglingué "Invoke", reptation stridente aux riffs obsédants. Basé sur un canevas pour moitié instrumentale ("Procession" "...

Jerry Thorpe - All God's Children (1980)

Les bons sentiments font rarement les bons films. All God's Children le démontre encore une fois, téléfilm qui, à travers le sujet du busing (expérience visant à développer la mixité raciale dans les transports scolaires), ausculte les maux d'une petite communauté gangrené par le racisme ordinaire et en corollaire la ségrégation qui sévit encore au sein de la société américaine des années 70.  Un thème intéressant et courageux malheureusement traité platement par Jerry Thorpe, fils de Richard et pourtant auteur d'un Jour des Apaches (1968) de bonne mémoire. Sincères, les comédiens y croient mais paraissent impuissants à rendre ce drame captivant. Démocrate convaincu, Richard Widmark campe un juge rongé par les remords après que sa décision d'imposer la mixité scolaire notamment dans les transports, déclenchent des contestations violentes et in fine la mort d'un adolescent (noir) qui a volé un bus avec son copain (blanc). Il est évidemment impeccable, tout comme Ne...