Accéder au contenu principal

Richard Fleischer - Soleil Vert (1973)


Ce qu'il y a de plus frappant - et de plus inquiétant - avec Soleil Vert, est que, plus les années passent et moins son sujet parait relever de la science-fiction, tant le monde que nous connaissons aujourd'hui et celui qui risque que de lui succéder, ressemblent à celui imaginé dans ce film pas vraiment d'anticipation. Pollution, surpopulation, réchauffement climatique, disparition de la faune et de la flore, société de classes de plus en plus affirmée, femmes réduites au rang de "mobilier" et nourriture douteuse définissent ce futur qui n'en est (presque) plus un. S'inscrivant dans un double contexte, celui du nouvel Hollywood et celui de la naissance de l'écologie moderne, Soleil Vert est évidemment un classique du cinéma de science-fiction des années 60/70 (mais pas que), aux côtés des 2001 : l'odyssée de l'espace, La Planète des singes, THX 1138 et Silent Running. Classique, il l'est aussi par sa facture. Perméable à toutes les modes, à tous les styles, du polar (Les inconnus dans la ville) à l'aventure historique (Les Vikings), du drame (La fille sur la balançoire) au film de guerre (Le temps de la colère), Richard Fleischer est davantage considéré comme un solide artisan que comme un auteur. C'est sans sous doute un tort. Sa  griffe est pourtant évidente, laquelle se traduit ici par une science admirable du cadre et des plans larges. Son sens de la narration n'est plus à prouver non plus, cousu dans cette sobriété héritée de son apprentissage dans la série B. Si certains intérieurs (ceux de l'appartement de Simonson) sont aujourd'hui datés car trop marqués par l'esthétique kitsch des années 70, Fleischer choisit en revanche de peindre des extérieurs crasseux, étouffant sous un voile de pollution, très proches de l'univers de béton dans lequel prolifèrent nos mégapoles. 

Après toutes ces images terreuses et anxiogènes, la vision du monde d'avant tel qu'il est projeté à un Sol Roth prêt pour le grand départ, n'en est que plus puissante. Et émouvante car nous comprenons alors que cette nature si belle ne sera bientôt qu'un lointain souvenir. Voire même pas un souvenir du tout pour les prochaines générations. C'est aux spectateurs d'alors, d'aujourd'hui et de demain que s'adresse cette séquence réellement anthologique, vers laquelle tout le film semble devoir tendre. Soleil Vert n'a donc rien perdu de sa force visionnaire, gageure qu'il doit aussi à des scènes mémorables, moins spectaculaires (hormis la charge des émeutiers à coup de pelleteuses) qu'intimistes, comme lorsque Thorn s'extasie de petits riens, de choses anodines pour nous mais devenues rares et privilèges des classes dominantes  (du parfum, de la glace dans un verre, une cuillère de confiture, de l'eau qui coule au robinet). Charlton Heston est quand même très bon mais c'est Edward G. Robinson qui nous touche le plus, parce qu'il s'agit de son dernier rôle (il meurt d'un cancer quelques semaines seulement après la fin du tournage) et parce qu'il est la mémoire de ce monde disparu. Film de SF déguisé en polar (à moins ce que cela ne soit l'inverse), Soleil Vert reste bien entendu inoubliable également pour son dénouement lorsque l'on découvre l'horrible vérité qui se cache derrière cette bouffe synthétique. Avec Le voyage fantastique (1966), L'étrangleur de Boston (1968), L'étrangleur de Rillington Place (1971), Les complices de la dernière chance (1971), Terreur aveugle (1972),  Les flics ne dorment pas la nuit (1972) et Mandingo (1975), Soleil Vert forment une sacrée parure de perles cinématographiques à mettre à l'actif de Richard Fleischer et que peu de réalisateurs peuvent se vanter d'avoir enfilée. Plus mineurs, Mr. Majestyk (1974) ou Ashanti (1979) animeront une fin de carrière toutefois encore estimable. (18.10.2020) ⍖⍖⍖⍖




Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...