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Arckanum - Antikosmos (2008)


Vitrine musicale en quelque sorte du M.L.O. (Misanthropic Luciferian Order), Dissection est mort en 2006 avec son leader Jon Nödtveidt. La secte peut toujours néanmoins compter sur Arckanum, son frère d’armes et de sang (la présence sur cet opus du guitariste Set Teitan n’est à ce titre, pas anodine), pour répandre sa philosophie. Précédé d’un EP du même nom publié un peu plus tôt dans l’année, Antikosmos est une œuvre noire à la gloire de cet ordre à l’idéologie fumeuse axée sur la notion de chaos gnostique sur laquelle nous ne nous étendrons pas davantage. Mais au-delà de son prosélytisme, auquel on est libre d’adhérer ou pas, cet album, alors le premier longue durée depuis dix ans ( !), période d’abstinence seulement rompue par quelques signes de vie (ou de mort ?) sous la forme d’une multitude de splits et de EP, mérite tous les éloges. Parfaitement produit au Sunlight Studios par son gourou Tomas Skogsberg (ceux qui ont vécu l’âge d’or du Death-Metal suédois vont verser une larme de l’évocation de ces deux noms), qui a su lui conférer un son brut et rugueux, Antikosmos est un concentré organique de négativité, exsudant une urgence palpable que sa courte durée vient encore renforcer.


Il déverse huit prêches aux allures d’incantations sulfureuses qui confinent à un rituel ésotérique étouffant ("Blota Loka"). Le ténébreux "Svarti", dont les premières mesures résonnent comme une invite, ouvre d’entrée les portes conduisant au sabbat. Il possède la capacité rare de plonger dans une obscurité opaque tout ce qui l’entoure, de vous happer dans un tourbillon d’une noirceur infinie. Rapide et âpre, vénéneux ("Su Vitran") ou lancinant ("Formala"), le Black-Metal d’Arckanum à quelque chose d’une cérémonie religieuse invertie, baignant dans un climat de magie noire et occulte. Mais contrairement à toutes ces pseudos gargouilles satanistes du dimanche grimées à la truelle qui polluent la chapelle, Shamaatae, dont le chant habité se pare d’une profondeur incantatoire, laquelle participe beaucoup du caractère spirituel de son art, est un homme qui croit dans ses convictions et sa sincérité transparait dans chaque recoin de cette messe anti-cosmique intense. Etonnamment, Antikosmos reste très mélodique, grâce à ces riffs, ces soli accrocheurs ("Rokulfargnyr", "Eksortna" en témoignent), avec ce sens de la mélodie à la suédoise imparable. Il s'agit alors très certainement du travail le plus réussi d’Arckanum car le plus abouti, quand bien même quelques titres supplémentaires n’auraient pas été pour nous déplaire. (2008 | MW) ⍖⍖⍖



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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...