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Opeth - My Arms, Your Hearse (1998)


My Arms, Your Hearse nous évoque beaucoup de choses : sa pochette, en premier lieu, superbe, automnale, d'une sombre et crépusculaire beauté ; ses notes de pianos fantomatiques et lugubres en guise d'intro ; et surtout une des oeuvres majeures d'Opeth. Ce troisième méfait occupe une place déterminante dans la carrière des Suédois, car il constitue à la fois la première étape (la seconde sera Blackwater Park en 2001) vers une reconnaissance qui dépasse les sphères de l'underground dans lequel les musiciens étaient jusque là cloisonnés, en même temps qu'il nous offre un visage plus adulte du groupe. Si Orchid et Morningrise, nonobstant leur qualité certaine, s'apparentaient à des essais de jeunesse, My Arms, Your Hearse impressionne par la maturité acquise, maturité illustrée à la fois par la construction même des morceaux - ceux-ci ont gagné en concision et ressemblent désormais davantage à de vraies chansons (?) qu'à un collage de fragments musicaux éparses -, et par le choix de proposer pour la première fois un concept-album narrant une histoire complète, en l'occurrence, un récit ayant trait à des fantômes, et dont l'origine est a chercher dans l'admiration que porte Mikaek Akerfeldt (chant et guitare) pour King Diamond, un des spécialiste de ce type d'exercice. Le metal extrême ne s'avère pas très friand de ce genre d'entreprise, Opeth peut donc se targuer d'être un des rares combos à l'avoir tenté et réussi ! 


Encadrés par un prologue, glacial, et un épilogue, aux influences seventies très marquées, tous les titres s'enchaînent les uns aux autres, formant un bloc compact qu'il est préférable d'appréhender dans sa globalité plutôt qu'en picorant des petits bouts, ce que l'extrême homogénéité de l'ensemble facilite grandement. Ténébreux, noirs, tour à tour calmes et limpides ("Credence") ou violents et vertigineux ("Demon Of The Fall"), ils se déploient au gré d'une histoire tortueuse dont ils forment chacun un des chapitres. Opeth impressionne aussi par une maîtrise de plus en plus affirmée de son art. Les maladresses d'autrefois (ceci n'est pas un reproche, seulement une remarque) ne sont plus de mise, tandis que la production, cette fois due, en partie, à Fredrik Nordström aux studios Fredman, à la place de Dan Swanö, lequel a décidé de mettre un terme à cet aspect de ses nombreuses activités, se veut également plus soignée. Elle rend totalement justice à la complexité d'une musique qui ne peut se contenter de toute façon de la médiocrité. D'aucuns regretteront sans doute que le groupe ait perdu une part de sa naïveté, de son innocence, en même que son caractère underground, mais, ambitieux et talentueux, il continue de progresser et d'évoluer tout en respectant les canons édictés par ses premières offrandes.  A noter que My Arms, Your Hearse a été réédité en 2000 avec deux titres bonus, deux reprises des plus convaincantes : le "Circle Of The Tyrant" de Celtic Frost, immense et fidèle à l'originale, et le peu connu "Remember Tomorrow" de Iron Maiden. (01.04.2007) ⍖⍖⍖

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