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Mirror Of Deception - Shards (2006)


Actif depuis le début des années 90 mais auteur d’une discographie encore peu remplie, Mirror Of Deception est un des plus valeureux défenseurs de la cause Doom outre-Rhin, et son précédent méfait, le très réussi Forgone était de loin son œuvre la plus mature. C’est pourquoi nous attendions avec impatience son successeur en espérant que le groupe parviendrait à faire aussi bien cette fois-ci, voire mieux. Las, une certaine déception vient accompagner l’écouter de ce nouvel opus. La recette demeure identique ; les Teutons restent fidèle à la tradition, en pétrifiant un doom séculaire qui transpire la pureté des origines, ni death à l‘anglaise ni lyrique ou épique à la Candlemass, proche en cela des britanniques de Solstice et emprunt de gravité sans pour autant s’abîmer dans les méandres de la dépression suicidaire mais le résultat ne se révèle pas aussi enthousiasmant. Le premier titre, l’excellent « Haunted », presque un hymne doom, nous rassure pourtant d’entrée de jeu, mais très vite, le disque s’enferme dans une linéarité fâcheuse.


Les morceaux, monolithiques comme il se doit – un peu trop sans doute -, s’enchaînent sans passion, lourds, lents, pesants, comme prisonnier d’une épaisse croûte d’argile ; ils ne décollent quasiment jamais et tous finissent par se ressembler sans qu’aucun d’entre eux, hormis celui cité plus haut, ainsi que dans une moindre mesure « The Capital New », « Frozen Fortune » et l’instrumental final « Enigma » ne réussissent à se détacher du lot. Les gars ont du métier, cela s’entend ; ils savent plomber leurs mélodies, notamment par des lignes de guitares qui répandent des atmosphères désespérées. Mais là où le bas blesse, c’est au niveau du chant de Jochen Müller, linéaire et à l’anglais hésitant. L’homme fait penser au chanteur de Solstice (encore eux), mais s’avère dépourvu de la puissance émotionnelle et du charme de ce dernier. Album gris, Shards laisse donc une impression mitigée car on ne peut douter de la sincérité de ses géniteurs, musiciens sympathiques qui plus est, qui portent haut  et depuis tant d’années la bannière du doom. Mais dans le créneau qui est le leur, ils peinent cette fois-ci à se hisser au niveau de leurs influences et plus encore de Reverend Bizarre qui lui, excelle à honorer le genre tout en lui conférant une dimension mythologique et mythique grandiose. Les amateurs de Pentagam et autre Saint Vitus devraient néanmoins aimer.(19.08.2007) ⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...