Accéder au contenu principal

Doro - Doro (1990)


Si sur le papier, Force Majeure marque le point de départ de la carrière solo de la chanteuse, c’est bien ce disque éponyme - son second - qui incarne ses premiers pas hors de Warlock, son aîné n’ayant pu bénéficier d’une sortie sous la bannière du groupe que pour des raisons essentiellement juridiques. Désireuse ne plus être liée à une seule formation dont elle estime qu‘elle bride sa liberté, Doro décide donc désormais de voler de ses propres ailes, ce que confirme bien le nom de cet opus aux airs de nouveau départ. En outre, le succès aidant, elle fait le choix d’affirmer une "américanisation" de sa musique que Triumph and Agony et Force Majeure avaient déjà entamé. Fini les visuels typés heroic fantasy, la jolie teutonne s’affiche sur la pochette de Doro à la manière d’une chanteuse pop. Autre signe qui ne trompe pas : la présence de Gene Simmons (Kiss, mais est-il besoin de le préciser ?) en tant que producteur exécutif. L’avisé musicien et amateur de belles femmes collabore à l’écriture de plusieurs morceaux alors qu’une reprise de son légendaire groupe se glisse dans le menu. C’est l’excellent « Only You » (extrait de Music From The Elder). Avec un tel soutien de poids et une équipe de mercenaires pour l’accompagner (dont Paul Morris qui jouera plus tard dans Rainbow ou le batteur Chris Frazier), comment cet album aurait pu être mauvais ? 


De fait, également produit par Tommy Thayer (alors guitariste de Black ’N’ Blue et futur membre de Kiss d’ailleurs !) et Pat Regan, une des rares personnes à s’entendre avec Ritchie Blackmore, il s’impose comme une des pierres angulaires de la carrière de sa chanteuse. Avec bonheur et talent, elle coule, son identité dans une plastique plus FM, moins heavy peut-être, malgré le lourd « Something Wicked This Way Comes ». Des brûlots tels que « Broken », « Mirage » ou « Unholy Love » illustrent cette orientation. Ceci étant dit, Doro reste fidèle à la cause métallique dont elle est l‘incontestable déesse. Elle ne perd pas son temps à chanter des guimauves - les ballades y sont rares et belles ( « I’ll Be Holding On ») - et prouve que l’homme a la langue démesurée n’a pas limé ses griffes. Ses performances superbes sur « I Had Too Much To Dream », « Rock On » et plus encore sur le fabuleux « Alive », certainement un de ses meilleurs titres, sont autant de preuve d’une puissance vocale et d’un charisme intacts. Meilleur que son prédécesseur, l'album connait un grand succès, ce qui conforte l'Allemande dans sa décision de mener sa barque à sa guise. Dommage que True At Heart, gravé l’année suivante avec une bande de musiciens totalement renouvelée, n’ait pas totalement transformé l’essai. (2010 | MW) ⍖⍖⍖


Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - Au-delà (2010)

De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme. Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le f...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...